Il s’appelle «Lumière du monde», et c’est le premier livre d’entretiens accordés par le cardinal allemand Joseph Ratzinger depuis qu’il est devenu pape en 2005. Il doit être traduit en 18 langues et sera lancé à 50’000 exemplaires dans la version italienne et 70’000 dans la version allemande. Surtout, c’est dans ses pages que, pour la toute première fois, un pape admet l’utilisation du préservatif, certes «dans certains cas». A la question: «l’Eglise catholique n’est pas fondamentalement contre l’utilisation de préservatifs ?», le souverain pontife répond, selon la version originale allemande dont dispose l’AFP (l’allemand étant donc la langue maternelle de Benoît XVI): «dans certains cas, quand l’intention est de réduire le risque de contamination, cela peut quand même être un premier pas pour ouvrir la voie à une sexualité plus humaine, vécue autrement».

Une petite révolution. Jusqu’ici, le Vatican, opposé à toute forme de contraception autre que l’abstinence,a toujours réprouvé l’usage du préservatif même pour prévenir la transmission de maladies. C’est même l’un des points de discorde profond qui oppose le Vatican à de nombreuses associations de prévention du sida qui travaillent en Afrique, où le VIH est un fléau.

En mars 2009, Benoît XVI avait d’ailleurs soulevé une immense polémique, en déclarant, lors d’un voyage au Cameroun et en Angola, que l’utilisation du préservatifs «aggravait» le problème du sida.

Des cas bien précis

C’était donc hier, et l’appréciation de la situation semble avoir changé. Pour illustrer son propos, dans ce nouvel ouvrage d’entretiens avec un journaliste allemand qui aborde une multitude de sujets (pédophilie, célibat des prêtres, relation à l’Islam, ordination des femmes...), le pape donne un seul exemple, celui d’un «homme prostitué», considérant que «cela peut être un premier pas vers une moralisation, un début de responsabilité permettant de prendre à nouveau conscience que tout n’est pas permis et que l’on ne peut pas faire tout ce que l’on veut».

Une brêche? Benoît XVI rappelle que pour le Vatican, le préservatif «n’est pas la façon à proprement parler de venir à bout du mal de l’infection du VIH». «Se polariser sur le préservatif signifie une banalisation du sexe et c’est exactement le danger que beaucoup de gens considèrent le sexe non plus comme une expression de leur amour, mais comme une sorte de drogue, qu’ils s’administrent eux-mêmes», ajoute-t-il.

Signe que le Vatican est mal à l’aise avec l’ensemble des réactions suscitées depuis samedi soir par cette annonce, qui a fait les gros titres de nombreux médias en ligne ce week-end, un communiqué diffusé dès ce dimanche matin relativise sa portée en précisant que l’utilisation du préservatif doit conserver un caractère exceptionnel.

Réactions plutôt positives

Il n’en reste pas moins que cette timide avancée est qualifiée par le directeur du programme Onusida, Michel S idibé, de «pas en avant significatif et positif»: «cette avancée reconnaît qu’un comportement sexuel responsable et l’usage du préservatif ont un rôle important dans la prévention du VIH-sida», a-t-il commenté.

En revanche, l’association française Act Up-Paris juge dans un communiqué que «le pape est encore loin du compte (...) Si le pape veut vraiment lutter contre l’épidémie, il faut qu’il aille beaucoup plus loin». Pour l’association, qui n’a pas l’habitude de mâcher ses mots, «le pape et l’Eglise catholique restent toujours homophobes, anti-avortement, et complices de 25 ans de propagation du sida à travers le monde».