Considéré comme un «faucon», partisan de la manière forte avec les Palestiniens et de l'expulsion de Yasser Arafat des territoires, l'ex-chef de l'état-major de Tsahal jusqu'en juillet dernier, Shaoul Mofaz a accepté samedi soir d'entrer dans le gouvernement d'Ariel Sharon. Il y remplacera le leader travailliste Benyamin Ben Eliezer qui y détenait le portefeuille de la Défense mais qui a démissionné mercredi dernier avec les autres ministres de son parti.

Pour la plupart des observateurs, l'entrée de l'ex-brigadier général dans le cabinet marque un nouveau virage à droite de Sharon, mais il ne sera pas le seul puisque le premier ministre israélien a entamé vendredi soir des pourparlers avec son prédécesseur Benyamin Netanyahou (son rival au sein du Likoud, son parti) afin de lui offrir le portefeuille des Affaires étrangères. Décidé à effectuer son retour sur le devant de la scène politique de l'Etat hébreu, Netanyahou, qui n'exerce plus aucune fonction élective depuis 1999, montre cependant peu d'empressement à entrer dans le nouveau gouvernement. Il réclame en effet des garanties et pose beaucoup de conditions, car il craint que sa promotion à la tête de la diplomatie israélienne ne l'empêche de reconquérir le fauteuil de secrétaire général du Likoud dans quelques semaines.

Chantage permanent?

Au terme d'une nouvelle rencontre organisée dimanche entre le premier ministre en titre et son prédécesseur, Netanyahou a pourtant accepté l'offre de Sharon, mais à la condition que celui-ci s'engage à ce que les élections législatives théoriquement prévues en octobre 2003 soient anticipées.

Parallèlement à ses contacts, le premier ministre israélien a également demandé au parti d'extrême droite Unité nationale, présidé par le député Avigdor Liberman, d'entrer dans son cabinet. Les discussions entamées vendredi se sont poursuivies hier, et tout porte à croire qu'elles sont positives, puisque Liberman a déclaré que son parti «est très près d'entrer dans la nouvelle coalition». Dans la coalition, mais pas obligatoirement dans le gouvernement, car tout porte à croire que, dans un premier temps, Unité nationale se contentera de soutenir le cabinet de l'extérieur. En effet, partisan de l'annexion pure et simple des territoires palestiniens, Liberman exige de Sharon qu'il s'engage à annuler les Accords de paix d'Oslo signés en 1993. Ce que l'intéressé refuse pour ne pas déplaire aux Américains. Quoi qu'il en soit, Liberman a décidé de montrer sa «bonne volonté» en s'abstenant de voter la motion de défiance présentée ce lundi à la Knesset (parlement) par plusieurs petites formations d'opposition.

Selon l'ex-ministre des Affaires étrangères, Shimon Peres, s'il devait effectivement être constitué dans le courant de la semaine, le nouveau cabinet «musclé» d'Ariel Sharon ne devrait en tout cas pas tenir bien longtemps. Parce que ses éléments les plus extrémistes exigeraient sans cesse du premier ministre un durcissement de sa politique dans les Territoires et parce qu'ils le soumettraient à un chantage permanent en menaçant de repasser dans l'opposition si leurs demandes n'étaient pas suivies d'effet.

La plupart des commentateurs de la presse israélienne estiment d'ailleurs qu'Ariel Sharon comprendra rapidement qu'il n'a pas d'autre choix que de se rendre auprès du président de l'Etat, Moshé Katsav, afin de lui présenter sa démission. Une hypothèse tellement prise au sérieux que les entourages ministériels fixent déjà au 27 mai prochain la date des prochaines élections anticipées.