Les ennuis s’accumulent au-dessus de Benyamin Netanyahou. Et ils ne sont pas liés à la vie politique locale. En effet, trois semaines à peine après la publication d’un rapport accablant du contrôleur de l’Etat relatif au financement de certains voyages effectués au début des années 2000, le procureur général de l’Etat hébreu Avishaï Mandelblit a demandé à la justice française des informations sur une autre affaire. Celle-ci concerne un «cadeau» financier qu’aurait reçu le futur premier ministre de l’Etat hébreu en 2001, alors qu’il avait provisoirement quitté la vie politique.

Une campagne financée avec l'argent de l’«escroquerie au carbone»?

Battu en 1998 par le travailliste Ehoud Barak, Benyamin Netanyahou était alors consultant pour une firme de matériel électronique doublé d’un conférencier fort demandé. Il fréquentait également Arnaud Mimran, l’héritier d’une famille d’entrepreneurs honorablement connue dans la communauté juive française, qui l’invitait régulièrement à son domicile parisien ou à partager ses vacances en Savoie ainsi que sur la Côte d’Azur.

A priori, rien de répréhensible. Sauf que huit ans plus tard, l’homme d’affaires a été accusé par la justice française d’être l’un des cerveaux de l’«escroquerie au carbone», une arnaque qui a permis à une série de malfrats d’empocher 283 millions d’euros en 2008-2009 en «oubliant» de reverser à l’Etat français le montant de la TVA sur les droits de polluer qu’ils achetaient et vendaient par le biais d’une bourse spéciale.

Arnaud Mimran est inculpé dans le cadre de plusieurs affaires crapuleuses. Mais il est aussi – et surtout – actuellement jugé à Paris pour cette arnaque-là. Certains de ses dix complices présumés sont assis avec lui sur le banc des accusés mais d’autres sont en fuite en Israël.

Quel rapport avec Benyamin Netanyahou? Durant les audiences, Arnaud Mimran a confirmé ses déclarations actées sur procès-verbal et selon lesquelles il aurait, en 2001, financé à concurrence d’un million d’euros la campagne de Benyamin Netanyahou en vue des primaires organisées au sein du Likoud, son parti. Cet argent ne provenait évidemment pas de l’«escroquerie au carbone» puisqu’elle n’avait pas encore eu lieu, mais ce genre de don non déclaré est interdit par la législation de l’Etat hébreu.

A la mi-mars et à la mi-avril, les informations relatives à ce «cadeau» avaient déjà été publiées par le site Médiapart et par le quotidien Haaretz et l’homme fort de l’Etat hébreu les avait démenties avec une rare virulence. «Affabulations sans fondement», proclamait son entourage pour lequel le futur leader du Likoud, citoyen ordinaire au moment des faits, «n’avait jamais rien demandé ni reçu».

Une vengeance politique selon Benyamin Netanyahou

Or, lundi, le cabinet du premier ministre a changé de version. Dans un nouveau communiqué, il a reconnu que Benyamin Netanyahou a bien reçu un don de 40 000 dollars. Selon son avocat David Shimron, l’argent aurait été versé en août 2001 et aurait alimenté la caisse d’une fondation publique finançant des activités de propagande pro-israélienne.

«La montagne accouche d’une souris»

L’ennui, c’est que la version d’Arnaud Mimran est différente. Interviewé lundi soir par la chaîne de télévision israélienne Canal 10, ce dernier a reconnu avoir versé 170 000 euros non pas à un fonds public mais sur le compte privé du futur premier ministre. Ce qui pourrait valoir à ce dernier des poursuites judiciaires pour fraude fiscale, voire pour corruption, si les faits ne sont pas prescrits. «Je dispose encore des documents bancaires relatifs à ce versement et je suis prêt à les fournir à la justice israélienne si elle me les demande», a encore déclaré l’homme d’affaires français.

De Moscou où lui et son épouse rencontraient Vladimir Poutine mardi, Benyamin Netanyahou a brièvement réagi en affirmant que «la montagne accouche d’une souris» et en présentant l’affaire comme une vengeance politique. «Ce que l’on n’a pas obtenu par les urnes, on cherche à l’obtenir comme ça», a-t-il dit.

Aux yeux des chroniqueurs israéliens, ses relations avec Arnaud Mimran sont pourtant embarrassantes. D’autant qu’elles ne se sont pas interrompues lorsque Benyamin Netanyahou est redevenu ministre d’Ariel Sharon en 2002.

En 2009, le Français s’est d’ailleurs rendu une dizaine de fois en Israël alors qu’il était plongé jusqu’au cou dans l’«escroquerie au carbone» et qu’il menait une partie des opérations liées à cette combine à partir de l’Etat hébreu. Il en a profité pour rencontrer son ami devenu premier ministre. «Sans que celui-ci ne se doute de quoi que ce soit», jure son entourage.