Et si Israël rejoignait l'Union européenne? L'idée paraît saugrenue. Elle a pourtant été lancée par Benyamin Netanyahou, tout nouveau ministre israélien des Affaires étrangères. Elle est à replacer dans le contexte de son affrontement avec Ariel Sharon pour tenter d'obtenir le droit d'emmener le parti du Likoud aux élections prochaines. L'ancien premier ministre israélien a sans doute cru trouver ainsi un moyen de se démarquer de son adversaire. Vendredi, en effet, son entourage publiait un communiqué dévoilant le contenu d'une conversation entre l'ancien premier ministre israélien et Silvio Berlusconi, président du Conseil italien. Le nouveau chef de la diplomatie israélienne lui aurait demandé son appui pour faire avancer l'idée d'une adhésion d'Israël à l'Union européenne. L'affaire est passée quasi inaperçue dans l'Etat hébreu. Seule la radio militaire a jugé bon de la répercuter en fin de bulletin d'information et la presse du pays n'a donné qu'un écho marginal à cette proposition.

L'idée surgit toutefois au moment où le débat sur l'adhésion de la Turquie fait rage au sein de l'Union européenne, obligeant Bruxelles à se poser la question des limites territoriales et culturelles de l'ensemble qu'elle est en train de construire. Alors qu'Ankara réclame avec insistance aux Quinze une date pour commencer les négociations qui ouvriraient la voie à son intégration, le président de la Convention sur l'avenir de l'Europe, Valéry Giscard d'Estaing, a exprimé publiquement la semaine passée dans Le Monde ses doutes sur la faisabilité et la pertinence de l'élargissement européen au-delà du Bosphore.

Accord d'association

A Bruxelles, personne ne souhaitait réagir, dimanche, à ce qui n'apparaissait pas comme une demande officielle. «Nous ne pouvons commenter des déclarations répercutées par une radio», soulignait Cristina Gallach, porte-parole de Javier Solana, haut représentant de l'Union européenne pour la politique étrangère et de sécurité. Elle notait toutefois qu'il était «sans doute très positif que ce genre de message vienne de la part des dirigeants israéliens», rappelant néanmoins qu'Israël ne faisait pas partie du territoire européen. «Nous accueillons favorablement tous les propos de dirigeants israéliens qui visent à approfondir la collaboration avec l'UE», a-t-elle ajouté.

Israël est lié à l'Union européenne par un accord d'association. Le 21 octobre dernier, les ministres des Affaires étrangères des Quinze ont reçu leur homologue israélien d'alors Shimon Peres pour examiner l'état de leurs relations. Si l'UE est le premier partenaire commercial d'Israël, les divergences économiques (en particulier sur la provenance exacte des produits israéliens entrant dans l'UE) et politiques demeurent importantes. Les Quinze ont rappelé leurs inquiétudes quant au développement des colonies de peuplement, souligné l'importance du respect des droits de l'homme et se sont indignés de la destruction des infrastructures palestiniennes – dont certaines ont été financées par l'UE – par l'armée israélienne.

Manifestement, en l'absence de tout progrès vers un Etat palestinien que l'Europe appelle de ses vœux, la proposition de Benyamin Netanyahou relève de l'hypothèse pure. Elle est à mettre en parallèle avec l'insuccès de la demande exprimée, en son temps, par le Maroc d'adhérer à l'Union européenne. Si le but avoué des Quinze reste de créer une zone de libre-échange d'ici à 2010 tout autour de la Méditerranée, une intégration politique demeure pour l'heure pure spéculation, en particulier au moment où l'Europe s'apprête à vivre le choc d'un élargissement sans précédent aux pays de l'Est.