Depuis mardi soir, la télévision publique israélienne, l’équivalent de la RTS, n’émet plus que des vieux clips des années 80. Quant aux radios publiques, elles diffusent de la musique entrecoupée d’un flash d’information toutes les heures.

Triste fin pour la «Rechout Hachidour» (IBA), l’institut de radiodiffusion publique qui regroupait plusieurs radios et télévisions de qualité. Sommés d’interrompre leurs programmes au beau milieu du journal télévisé du soir, avec un préavis de 45 minutes, la plupart des présentateurs et animateurs n’ont pas pu se séparer de leurs auditeurs et téléspectateurs comme ils l’auraient voulu. Ils laissent la place à une nouvelle structure plus moderne censée émettre à partir de lundi matin.

Selon l’entourage de Benyamin Netanyahou, cette réforme est brutale mais nécessaire, car la «Rechout Hachidour» était sclérosée et mal gérée. Depuis les années 80, plusieurs commissions ont d’ailleurs été créées pour tracer les pistes du changement mais leurs conclusions n’ont jamais été appliquées.

Mais les journalistes et le personnel fraîchement licencié donnent une autre version des faits. Surtout les journalistes à qui le Likoud et les autres partis de la majorité veulent faire payer leurs critiques acerbes de la politique gouvernementale.

«Vous n’imaginez pas les tonnes de pressions que nous avons pu recevoir pour parler ou ne pas parler de quelque chose. Ou les coups de fil nous enjoignant de poser telle ou telle question à un invité de marque. Nous nous sommes fait des ennemis dans les allées du pouvoir. Beaucoup d’ennemis», raconte Yoav Krakovsky, l’un des chroniqueurs politiques les plus en vue de la défunte «Kol Israël» (l’équivalent local de La Première).

Un vieux projet

La fin de l’IBA était envisagée par le gouvernement Netanyahou depuis 2013. A l’époque, le premier ministre avait d’ailleurs annoncé qu’elle serait remplacée par une nouvelle structure provisoirement baptisée «Taagid» (Corporation). Objectif affiché? Economiser 40% du budget de l’audiovisuel public, renouveler le matériel et faire passer l’audiovisuel public à l’ère du digital.

Cependant, en coulisses, plusieurs personnalités de premier plan du Likoud ne se privaient pas de révéler son objectif réel. S’exprimant au cours d’une assemblée de son parti, la ministre de la Culture, Miri Regev, s’est ainsi prononcée à plusieurs reprises en faveur d’un strict contrôle politique des programmes du «Taagid». «Sinon, cela ne sert à rien de le créer», a-t-elle ajouté.

Quant au député David Bitan, le chef de la majorité à la Knesset qui passe pour l’homme des basses œuvres de Benyamin Netanyahou et qui est chargé de mener à bien la liquidation de l’IBA, il proclame que «les journalistes ont trop de liberté dans ce pays».

Une «dangereuse reprise en main»

Peu après la création du «Taagid», Benyamin Netanyahou a fait volte-face en estimant qu’il serait finalement plus facile de contrôler l’IBA que la nouvelle institution. Il a donc proposé le maintien de la première et la disparition de la seconde, provoquant une crise politique avec ses partenaires de la majorité.

En fin de compte, les deux organismes ont fusionné au sein d’une nouvelle structure, laquelle émettra la semaine prochaine. Cependant, jeudi matin, David Bitan a fait entériner par la Knesset la séparation entre les programmes de divertissement et ceux d’information. Ces derniers seront donc réalisés par structure soumise au contrôle du gouvernement. Ce qui, pour les syndicats de journalistes équivaut à une «dangereuse reprise en main».

La réforme ne touche que les chaînes publiques mais pas les radios et les télévisions privées. Ce qui n’empêche pas les professionnels des médias et l’opposition parlementaire de dénoncer l'«erdoganisation» de leur pays. Quant au président de l’Etat, Reuven Rivlin, il a rendu hommage à «Kol Israël» peu avant la coupure de ses micros et mis en garde l’opinion contre les «commissaires politiques» qui pourraient désormais hanter les couloirs de l’audiovisuel public.