Sicile

Beppe Grillo, une sirène populiste sur l’île

Le pourfendeur des partis traditionnels est en tête dans les sondages

«Ils disent que je suis populiste? Je m’en branle! Ce que je veux, c’est l’expulsion de tous les politiciens!» Perché sur une petite estrade devant la mairie de Termini Imerese, à l’est de Palerme, il vocifère, hurle, arpente la scène, un micro à la main, pour désigner à la vindicte populaire toute la classe dirigeante sicilienne: «Une fois virés, ils ne s’en tireront pas comme cela! Nous demanderons un contrôle fiscal, ils devront rendre des comptes en place publique et on leur enverra un crachat virtuel.»

Depuis plus d’une heure, Beppe Grillo captive une foule composite et hilare devant ses bons mots et surtout sa promesse d’envoyer «se faire foutre» des dirigeants discrédités par la crise et les interminables scandales de corruption. «Ils essaient de se racheter in extremis! Ils disent qu’ils ont troqué leurs belles voitures de fonction pour se déplacer en patins. C’est trop tard!»

A guichets fermés

Sans la moindre affiche de son «Mouvement 5 étoiles» (M5S) ­collée sur les murs siciliens, tapissés, à l’inverse, des photos des candidats traditionnels, mais au rythme de deux à trois one-man-show par jour, de Trapani à Catane, en passant par Corleone ou Enna, l’ancien acteur comique s’attend «à faire sauter le système».

Avec 14% d’intentions de vote, les derniers sondages placent son mouvement légèrement en tête à l’occasion de la consultation régionale de dimanche convoquée à la suite de la mise sous enquête pour collusion avec la mafia du président (centriste) Raffaele Lombardo. Selon tous les observateurs, un tel résultat, dimanche prochain, provoquerait une déflagration au niveau national, confirmant une tendance qui place aujourd’hui le M5S à environ 20% dans le pays, à savoir en deuxième position derrière le Parti démocrate (PD).

En Sicile, depuis quinze jours, Grillo fait salle comble. Les places sont remplies de curieux venus au spectacle, mais surtout de citoyens de droite comme de gauche, jeunes et vieux, paysans et diplômés, tous désabusés face à un système clientéliste à bout de souffle et frappé par la récession.

«Si tu n’as plus rien à perdre, tu es beaucoup plus dangereux», répète à l’envi l’indomptable sexagénaire, barbe et tignasse blanche, qui a entamé, le 10 octobre dernier, un tour de l’île électoral en camping-car, après avoir très médiatiquement débarqué à Messine, en crawl, depuis Reggio de Calabre, distante de 3,2 kilomètres. «Je suis venu à la nage parce que je ne marche pas encore sur l’eau», lance-t-il, rigolard, avant d’expliquer: «Si un vieux grassouillet comme moi réussit à traverser le détroit de Messine, cela veut dire que rien n’est impossible.»

Le salut par la décroissance

Dans une Sicile où le taux de ­chômage des jeunes atteint 50%, sa proposition d’instaurer un ­ «revenu minimum pour tous» ou encore l’engagement de ses candidats de baisser leurs rémunérations de 85% s’ils sont élus suscitent la clameur populaire, surtout à gauche. Mais les anciens électeurs de Silvio Berlusconi sont également sensibles à ses attaques contre Mario Monti, défini comme «le notaire de la faillite italienne au service de la finance internationale».

Bruxelles, l’OMC ou le Fonds monétaire international (FMI) sont les boucs émissaires d’une situation catastrophique à laquelle Grillo oppose une recette mélangeant décroissance, économie verte et défense de la production locale. Le tout en renvoyant habilement dos à dos Silvio Berlusconi et la gauche: «Au cours des vingt dernières années, ils ont gouverné pratiquement autant de temps.» «Ils sont tous morts», martèle Beppe Grillo avant de remonter dans son camping-car à la conquête de la Sicile et, pronostique-t-il, de l’Italie.

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