«Speedy» Sarkozy, comme se délecte toujours à le désigner la presse allemande, faisant son jogging matinal avec son collègue Wolfgang Clement. A la une des journaux allemands, la photo, qui devait symboliser la grande réconciliation des deux ministres de l'Economie à la veille du Conseil intergouvernemental germano-français, à la fin du mois d'octobre, n'a dupé personne. L'Allemagne, de l'homme de la rue à la classe politique, croit bien connaître Nicolas Sarkozy. Elle en a du moins une image assez précise: l'éternel agité, beaucoup trop agile pour être sincère. Après Jacques Chirac, c'est le seul homme politique français à mériter quelques secondes dans les journaux télévisés ou les titres en tête de pages internationales.

Ces dernières semaines, Nicolas Sarkozy a eu beau multiplier les déclarations sur l'entente franco-allemande et ses visites à Berlin, une dernière fois en novembre auprès de Wolfgang Clement et de la patronne de l'opposition, Angela Merkel, il n'a pas fait oublier la douche froide de ses déclarations du début de l'année. Pour la première fois un homme politique français se réclamant de l'héritage gaulliste reléguait l'axe franco-allemand au second rang des priorités, en semblant lui préférer une relation particulière avec Madrid et Londres. «L'Allemagne n'est plus un exemple économique», justifiait-il, renforçant outre-Rhin le sentiment que seul l'intérêt économique, au détriment d'une vision historique et stratégique, intéressait le super ministre.

Couleuvres allemandes

Son opposition à la prise de participation de Siemens dans Alstom, puis son soutien à l'assaut du français Sanofi-Synthelabo contre le franco-allemand Aventis, et enfin ses projets de rapprochement du groupe aéronautique européen avec le français Thalès ont renforcé la méfiance en Allemagne. Les premiers à mettre en garde contre le colbertisme de Sarkozy sont les libéraux: «Le néomercantilisme français ne doit pas devenir un modèle économique européen. L'Allemagne est très contente de son économie sociale de marché.»

Un style qui fascine

Admiré pour sa facilité à agiter de nouvelles idées, qui détonne face à une classe politique allemande d'un classicisme ennuyeux, Nicolas Sarkozy a certes réussi à rassurer officiellement ses interlocuteurs allemands, notamment avec un projet de Centre de coopération technologique. Mais on sait qu'en coulisses Gerhard Schröder qualifie sa politique économique d'«extrêmement nationaliste» et que le courant ne passe absolument pas avec son collègue des Finances, Hans Eichel, qui n'a rien d'un ludion. Question de style.