Berlin aidera Athènes à contrecœur

Allemagne Le parlement devrait entériner le plan d’aide à la Grèce

La classe politique redoute d’être sollicitée pour une rallonge avant la fin de l’été

L’issue du vote ne fait aucun doute. Le Bundestag adoptera ce matin à une large majorité l’extension du programme d’aide à la Grèce, négocié par les ministres des Finances de la zone euro mardi. Mais les réticences sont de plus en plus fortes, surtout dans le camp conservateur. Au cours d’un vote à blanc au Bundestag hier matin, l’ensemble du groupe parlementaire SPD – 193 députés – s’est prononcé en faveur du plan d’aide au gouvernement grec. Les Verts et Die Linke, tous deux dans l’opposition, apporteront eux aussi leur soutien unanime à Athènes.

Dans le camp conservateur par contre, 22 des 311 députés ont promis de rejeter le plan; 5 devraient s’abstenir. Dans un contexte de grande coalition – CDU et SPD détiennent 80% des voix au Bundestag –, les plus réticents n’hésitent pas à manifester leur défiance envers Syriza. Le ministre des Finances, Wolfgang Schäuble, qui ne cache pas lui non plus son hostilité envers le nouveau pouvoir à Athènes, a bien tenté de motiver ses troupes: «Aucun euro ne sera versé à la Grèce tant qu’elle n’aura pas rempli tous les engagements prévus avec ses partenaires européens dans le cadre du programme d’aide. Nous n’avons en aucun cas convenu de nouveaux versements. Nous leur avons simplement donné plus de temps pour mettre en œuvre les réformes sur lesquelles la Grèce s’était engagée.»

Mais les rafales de déclarations du nouveau pouvoir grec, perçues en Allemagne comme franchement hostiles, ne facilitent pas la tâche du ministre. «Les Grecs piétinent la solidarité des Européens», s’agace Schäuble. Dans la dernière édition de Charlie Hebdo, le ministre grec des Finances, Yanis Varoufakis, menace ses collègues européens qui pensent «pouvoir faire plier des gouvernements progressifs comme le nôtre» avant de réclamer à la radio une nouvelle remise de dette pour la Grèce. «Je ne vois rien qui nous facilite la vie dans tout ce que Varoufakis entreprend», s’est irrité le ministre allemand, alors que seuls 21% des Allemands soutiennent l’extension de l’aide à la Grèce et que la Bild Zeitung – 4 millions de lecteurs – tire chaque jour à boulets rouges sur Athènes. «Non, pas de nouveaux milliards pour ces Grecs avides!» titrait jeudi en une le quotidien populaire conservateur…

De fait, au-delà du vote d’aujourd’hui, ce sont les mois à venir qui inquiètent le plus les Allemands. L’ensemble de la classe politique est entre-temps convaincue que la Grèce aura besoin d’un troisième plan d’aide d’ici à l’été pour échapper à la faillite. L’institut DIW, proche du SPD, chiffre à entre 30 et 40 milliards d’euros les besoins supplémentaires d’Athènes pour les trois ans à venir. Selon la presse allemande, la coalition au pouvoir estime, elle, à 20 milliards les besoins supplémentaires des Grecs à compter de juillet prochain. «Je ne crois pas qu’un ­troisième plan passerait au Bundestag», prévient un député conservateur.

L’influent Wolfgang Bosbach (CDU), l’un des rares à avoir déjà rejeté le second plan d’aide, a menacé de mettre fin à sa carrière politique en cas de troisième plan. Le député CDU Helmut Heiderich explique pour sa part ne «voter oui cette fois que pour honorer les performances de négociation de Wolfgang Schäuble». Son collègue Norbert Schindler estime pour sa part que «si les Grecs ne fournissent pas dans les mois à venir les efforts promis, il est inutile de compter sur mon soutien une troisième fois.»

«Si les Grecs ne fournissent pas les efforts promis, ils n’auront pas mon soutien une troisième fois»