Encore dix-huit jours, au moins, à tenir. Les mesures de confinement appliquées en Allemagne depuis le 16 mars sont prolongées jusqu’au 3 mai. Angela Merkel l’a annoncé hier, à l’issue d’une visioconférence avec les ministres-présidents des 16 Bundesländer. Les autorités appellent les 83 millions d’Allemands à maintenir les mesures de distanciation sociale. L’Allemagne n’applique pas de confinement strict – sauf en Bavière et dans la Sarre –, mais exige des citoyens qu’ils restent chez eux, sauf pour faire leurs courses, faire une promenade ou du sport, tout en respectant une distance de 1,5 m avec toute autre personne. Les visites familiales et séjours touristiques restent interdits. Dans ce contexte, les contrôles aux frontières, notamment avec la Suisse, sont eux aussi prolongés jusqu’au 4 mai.

Le gouvernement confirme toutefois assouplir le confinement, avec certaines variations régionales, en raison d’une situation sanitaire favorable. Selon l’Institut Robert Koch, l’expansion de l’épidémie «ralentit» et les hôpitaux restent loin de la surcharge. Le pays déplorait hier 3500 morts liés au coronavirus pour 132 000 personnes infectées.

«Une fragile victoire d’étape»

A partir de lundi prochain, les commerces de moins de 800 mètres carrés pourront rouvrir, à condition de respecter des mesures d’hygiène strictes. Suivront à partir du 4 mai les salons de coiffure ainsi que les écoles, mais par étapes, avec une priorité donnée aux lycéens qui passent des examens et avec un concept sanitaire et éducatif adapté. Restaurants, cafés, hôtels et lieux culturels restent fermés. Les grandes manifestations culturelles, politiques et sportives sont elles aussi interdites jusqu’au 31 août, tous comme les offices religieux. La délicate question du port du masque a en revanche divisé les responsables politiques. Finalement, il n’est pas rendu obligatoire mais fortement conseillé dans les transports en commun et les commerces.

La chancelière a salué une «fragile victoire d’étape» dans la lutte contre le virus et salué les efforts des Allemands. «Nous allons dans la bonne direction mais nous avons une marge de manœuvre très limitée. Nous allons devoir vivre longtemps avec ce virus», a-t-elle rappelé. De nouvelles décisions seront prises le 30 avril prochain.

La chancelière remonte dans les sondages

Pour Angela Merkel, qui avait annoncé quitter la Chancellerie à l’automne 2021, la gestion de cette crise est cruciale et la replace en pleine lumière. Après quinze années passées à la tête du pays et une certaine fatigue politique observée ces derniers mois, la chancelière surfe sur une vague de popularité inattendue. Selon l’enquête d’opinion ARD Deutschland Trend publiée le 2 avril, 64% des Allemands sont satisfaits de son travail, un taux au plus haut depuis le début de son quatrième mandat. La grande coalition dans son ensemble – la fameuse «Groko», tant critiquée depuis deux ans – sort elle aussi renforcée. 63% des Allemands se disent satisfaits, voire très satisfaits, du travail du gouvernement mené par les chrétiens-démocrates et sociaux-démocrates. C’est une hausse de 28 points en un mois.

«On peut parler d’un retour de la grande coalition», confirme Tilman Mayer, politologue à l’Université de Bonn. «Ce n’est pas une particularité allemande mais, en temps de crise, si l’exécutif travaille bien, il est récompensé auprès de l’opinion publique. On assiste aussi à un certain «come-back» de la chancelière», ajoute ce politologue.

Pour l’opposition, les temps sont en revanche plus difficiles. Les écologistes restent la deuxième force politique selon les sondages d’opinion, mais faiblissent légèrement. Le parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD) stagne à 10% d’intentions de vote. «L’Etat fait la preuve de sa capacité d’action, c’est un défi pour l’AfD», explique Tilman Mayer. Cette situation politique pourrait toutefois évoluer en cas de forte crise économique. Selon l’institut IFO de Munich, deux mois de shutdown pourraient coûter jusqu’à 495 milliards d’euros au moteur économique de l’Europe.