Ukraine-Russie

«Berlin évite toute escalade avec Moscou»

Berlin n’est guère favorable à l’adoption de sanctions contre la Russie. Mais pas seulement pour des raisons économiques

«Berlin évite toute escalade avec Moscou»

L’Allemagne est traditionnellement méfiante à l’égard de l’adoption de sanctions en général, envers la Russie en particulier. De telles mesures, estime-t-on à Berlin, permettent rarement d’obtenir les résultats escomptés, comme l’a montré l’exemple de la Syrie, de la Corée du Nord ou du Zimbabwe. «La réticence de l’Allemagne face aux sanctions est en première ligne politique, estime Stefan Meister, spécialiste des relations germano-russes à l’institut European Council on Foreign Relations. Le ministre des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, est notamment très marqué par la tradition sociale-démocrate de retenue quant à la politique vers l’Est. Pour l’Allemagne, il n’y a pas de paix et de stabilité sans la Russie, et, si l’Allemagne joue un rôle particulier dans la crise avec la Russie, c’est parce qu’elle ne défend pas que ses intérêts économiques mais pense aussi de façon géopolitique.» «Les Allemands ne veulent pas d’escalade avec la Russie», ajoute Jan Techau, directeur du bureau bruxellois de la Fondation Carnegie.

Pour autant, la pression des milieux d’affaires joue aussi un rôle non négligeable pour expliquer la réticence allemande face à l’adoption de sanctions économiques. La Russie est un important partenaire de la République fédérale. Six mille deux cents entreprises allemandes sont impliquées dans le commerce extérieur avec la Russie, le 11e partenaire commercial de l’Allemagne. Des entreprises, notamment BMW et Volkswagen, ont investi des dizaines de millions d’euros dans le pays. Une confiscation de ces biens serait douloureuse. L’Allemagne exporte chaque année pour 40 milliards d’euros vers la Russie, essentiellement des machines (25% du total), des voitures (18%), du matériel électronique (9%) et des produits pharmaceutiques (6%). Le secteur de l’armement subit déjà les conséquences de la crise actuelle. Berlin a en effet bloqué toute exportation d’armes vers la Russie. Fin mars, 69 contrats d’une valeur totale de 5,18 milliards d’euros étaient gelés.

Dépendance énergétique

Par ailleurs, l’Allemagne est fortement dépendante de ses importations de gaz (30% du volume total, essentiellement utilisé pour le chauffage) et de pétrole (50%) russes. Mais, du fait de la clémence de l’hiver passé, les réserves allemandes de gaz sont élevées (de l’ordre de six mois), et le marché mondial s’est considérablement détendu depuis l’exploitation du gaz de schiste américain. «La principale conséquence d’une crise grave avec la Russie serait un renchérissement du prix de l’énergie et quelques turbulences sur les marchés financiers», estime Marcel Fratzscher, chef de l’institut berlinois DIW.

«Un conflit commercial avec la Russie serait douloureux pour l’économie allemande. Mais très menaçant pour la santé économique de la Russie, résume le président de la Fédération allemande du commerce extérieur BGA, Anton Börner. Les Allemands livrent aux Russes des produits industriels qu’ils peuvent difficilement se procurer ailleurs.»

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