«La digue s'est rompue! L'objectif est maintenant le salaire minimum à 10 euros pour toutes les branches», s'est exclamé vendredi le quotidien des milieux d'affaires Frankfurter Allgemeine Zeitung en commentant l'accord intervenu entre les dirigeants conservateurs et les sociaux-démocrates sur l'instauration d'un salaire minimum entre 8 et 9,80 euros de l'heure dans les services postaux. Dans un pays qui ne dispose pas de salaire minimum unifié et qui jusqu'à présent laissait syndicats et employeurs négocier leurs conventions collectives sans interventions extérieures, c'est en effet une première.

Depuis des semaines, la question du salaire minimum pour les facteurs divisait la grande coalition au pouvoir à Berlin. Le départ du vice-chancelier social-démocrate Franz Müntefering, même s'il était motivé par des raisons familiales, a ainsi mis en lumière le bras de fer entre les deux partenaires. Mais depuis jeudi, SPD et CDU n'en finissent plus de se congratuler. Et le SPD parle de «grand succès».

La chancelière opposée

Le SPD avait fait de cette revendication son thème de campagne pour regagner son électorat traditionnel pour les élections régionales début 2008. Ses dirigeants accusaient la chancelière Angela Merkel de manquer à sa parole en continuant à s'y opposer. Pour la droite, une telle mesure contrevenait au principe de la liberté de négociation entre partenaires sociaux et risquait d'avoir des répercussions sur l'emploi en renchérissant le coût du travail.

Après l'accord intervenu entre le syndicat des services ver.di et la fédération des services postaux AGV, le gouvernement pourra imposer un salaire minimum «à toutes les entreprises dont les activités sont majoritairement liées à la distribution du courrier». Cela exclut notamment les coursiers et les livreurs de journaux. Dans la perspective de la libéralisation complète des services postaux au 1er janvier, les syndicats s'inquiétaient de la sous-enchère salariale à laquelle auraient pu se livrer les concurrents de Deutsche Post, comme TNT ou Pin.