Europe

Berlin, partenaire incontournable de Washington

Barack Obama retrouve Angela Merkel à Hanovre, une visite hautement symbolique. L’Allemagne est devenue le partenaire le plus important des Etats Unis en Europe

Barack Obama a retrouvé dimanche Angela Merkel à Hanovre, au centre de l’Allemagne, pour inaugurer la Foire industrielle de la ville. Ce déplacement – le dernier en Allemagne en tant que président des Etats Unis – est hautement symbolique. L’Allemagne, appréciée à Washington pour sa solidité économique et son engagement diplomatique, pourrait ravir à la Royaume-Uni son statut de «meilleur allié» de l’Amérique.

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Plusieurs dossiers sont à l’ordre du jour: Barack Obama compte sur le soutien d’Angela Merkel pour faire avancer l’accord de libre-échange transatlantique TTIP, auquel est opposée une majorité de l’opinion germanique. Angela Merkel de son côté espère un engagement plus important des Etats Unis en Syrie pour mettre fin au flux des réfugiés.

L’Allemagne en train de devenir le partenaire privilégié des Etats Unis? «Les Américains ne semblent plus éprouver d’émotion particulière pour les Britanniques, estime Marco Overhaus, politologue de la Fondation Wissenschaft und Politik SWP. Washington analyse de façon très pragmatique qui contribue le mieux à la solution des conflits internationaux. A l’inverse, l’Allemagne a considérablement gagné en poids aux yeux des Américains au cours des trois-quatre dernières années.» Vu de Washington, l’Allemagne est le garant de la cohésion de l’Union Européenne.

«Jalousie envers l’Allemagne»

«L’Allemagne est pour Washington le seul allié européen qui soit véritablement capable d’agir», estime Marco Overhaus. L’engagement allemand dans les négociations en vue de parvenir à un accord sur le nucléaire iranien a été apprécié outre-Atlantique. Et face au regain d’agressivité de la Russie, Berlin est perçu comme un contrepoids important, alors que la Royaume-Uni s’est tenue à l’écart du conflit ukrainien. L’Allemagne a notamment joué un rôle moteur dans la négociation du catalogue de sanctions adopté par les Européens à l’égard de Moscou suite à l’annexion de la Crimée.

Lorsqu’en 2010 Barack Obama lance son programme de ré-industrialisation des Etats Unis, il semble avoir un modèle en tête: l’Allemagne. Le président veut doubler les exportations des Etats Unis, créer des postes d’apprentissage pour les jeunes et un système de transfert technologique faisant penser aux instituts allemands Fraunhofer, érigés en modèle de partenariat entre le monde de la recherche et l’industrie. Le magazine «The Atlantic» parle alors de «jalousie envers l’Allemagne».

Les choses avaient pourtant assez mal démarré entre Barack Obama et Angela Merkel. Le candidat démocrate avait essuyé un refus poli mais ferme de la part de la chancelière, lorsqu’en campagne électorale en 2008, il avait demandé à prononcer un discours symbolique à la Porte de Brandebourg. Il n’avait obtenu que la Colonne de la Victoire, au cœur du Tiergarten. Berlin semblait alors soutenir le concurrent républicain John Mc Cain. Quelques années plus tard, un nouveau refus d’Angela Merkel – pas question pour elle d’envoyer la Bundeswehr en Lybie – refroidissait un peu plus les relations bilatérales. Le chapitre des écoutes téléphoniques de la NSA – jusqu’au portable de la chancelière avait été mis sur écoute par l’agence de renseignements américaine – achevait d’attiser la méfiance entre les deux partenaires.

Critiques du TTIP

«Barack Obama avait au départ une relation distanciée avec l’Allemagne, avant d’apprendre à apprécier son rôle international, constate le quotidien Tagesspiegel. Pour les Allemands ça a été tout l’inverse: Obama a d’abord suscité un véritable élan d’enthousiasme. Avant de décevoir l’opinion.» En 2008, 200 000 personnes avaient fait le déplacement pour venir à la rencontre du candidat noir américain. Aujourd’hui les Allemands regardent avec scepticisme son bilan jugé décevant. Obama est également responsable à leurs yeux de la «guerre des drones». Et 55% des Allemands sont opposés à la signature d’un accord de libre-échange avec les Etats Unis, une priorité du président américain en cette fin de mandat. 250 000 personnes avaient manifesté contre l’accord TTIP en octobre à Berlin. Des dizaines de milliers de personnes ont de nouveau manifesté leur désaccord samedi à Hanovre.

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Paradoxalement, la République Fédérale est l’un des pays qui ont le plus profité de l’abolition des frontières douanières et de la globalisation. Le volume des exportations allemandes a doublé depuis le début des années 90, l’excédent de la balance commerciale représente plus de 8% du PIB et le chômage est au plus bas.

Mais la globalisation a un prix social jugé élevé. Selon les calculs de l’institut DIW de Berlin, seuls les 10% d’Allemands les plus fortunés se sont enrichis depuis 2000, tandis que les classes moyennes sont confrontées à la stagnation de leur pouvoir d’achat. Cet accroissement des inégalités expliquerait en partie l’opposition des Allemands au TTIP.

A Hanovre, Barack Obama doit également rencontrer David Cameron, François Hollande et Matteo Renzi avec la chancelière, pour échanger sur la crise des réfugiés et les conflits internationaux.

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