Cent vingt et une plaintes pour vols, agressions sexuelles et viols déposées depuis une semaine dans les commissariats de Cologne, ainsi qu’une trentaine à Hambourg, une douzaine à Stuttgart et quelques plaintes isolées à Francfort et Berlin… Le même phénomène a également été constaté à Salzbourg en Autriche. L’Allemagne est toujours sous le choc après la vague de harcèlements de la Saint-Sylvestre, dont l’ampleur augmente à mesure que de nouvelles victimes portent plainte.

La cellule d’enquête «Nouvel An» dans laquelle travaillent 80 policiers de Cologne a indiqué jeudi avoir identifié 16 suspects en grande partie originaires du Maghreb «qui pourraient être impliqués» dans les faits. Les suspects ont été identifiés par le biais des caméras de surveillance et l’analyse de vidéos tournées sur des téléphones portables. Témoins et plaignantes avaient décrit des groupes de 10 à 20 jeunes hommes enivrés, d’origine maghrébine ou arabe, encerclant leurs victimes et se livrant à des attouchements pour détourner leur attention et leur voler sac à main ou téléphone portable à proximité de la gare de Cologne.

On ne sait pas encore si les suspects sont des réfugiés ou des personnes vivant de longue date en République fédérale. Dans la capitale allemande, deux hommes vivant dans des foyers de demandeurs d’asile – un Marocain et un Pakistanais – ont été arrêtés pour avoir harcelé des jeunes femmes pendant la St-Sylvestre. Un autre réfugié, un homme de 20 ans vivant à Stuttgart, a été placé en détention provisoire.

Polémique sécuritaire

Déjà, la question de l’asile est au cœur d’une polémique sécuritaire divisant jusqu’au sein de la coalition gouvernementale. Admettant la présence éventuelle de réfugiés parmi les auteurs des agressions de la fin d’année, Berlin a évoqué la possibilité de durcir les règles d’expulsion pour les étrangers s’étant rendu coupables de crimes ou de délits. Les expulsions de personnes bénéficiant de l’asile politique ne sont aujourd’hui possibles qu’en cas de peine de prison supérieure à 3 ans et à condition que la vie ou la santé du réfugié ne soient pas menacées dans son pays d’origine.

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«Nous allons voir s’il faut changer cela», promet le ministre de l’Intérieur, Thomas de Maizière. Condamnant de nouveau la vague de violence de Cologne, la chancelière Angela Merkel a annoncé «vouloir vérifier tous les recours possibles en termes d’expulsion pour donner un signal fort à ceux qui ne veulent pas accepter notre état de droit.» L’aile bavaroise et très conservatrice de la CDU, la CSU, réclame qu’une expulsion soit possible «dès qu’une condamnation à de la prison ferme» est prononcée. Le SPD s’oppose quant à lui à un durcissement de la législation, qui romprait avec la Convention européenne des droits de l’homme et celle de Genève. Les sociaux-démocrates réclament plutôt un renforcement des effectifs de la police fédérale, alors que depuis des mois des milliers d’hommes ont été envoyés en renfort à la surveillance des frontières dans le sud du pays.

Dans les colonnes du Bild Zeitung d’hier, un chef de patrouille a raconté la frustration de ses hommes, en sous-nombre et impuissants à protéger les femmes agressées de Cologne, confronté à des bandes de jeunes se moquant de l’autorité de l’Etat. «Des policiers et des passants ont pu empêcher que des viols ne soient commis; des femmes accompagnées ou pas ont été exposées à un harcèlement nourri indescriptible. La police n’a pu maîtriser l’ensemble des événements, des agressions et des délits parce qu’il y en avait trop et en même temps», résume l’officier de police dans une note interne parvenue à la presse.

Des déclarations du ministre de la Justice, Heiko Maas, SPD, renforcent encore le malaise dans le pays. Le ministre est en effet convaincu que les agressions de la St-Sylvestre relèvent du crime organisé. «J’espère qu’il n’en est rien. Mais il faut vérifier qu’il n’y a pas en arrière-plan des gens qui organisent ce genre de choses. De tels faits n’arrivent pas tout seuls, il doit y avoir quelqu’un derrière tout ça», insiste Heiko Maas.

De rares expulsions

Dans la pratique, les autorités allemandes ont jusqu’ici plutôt répugné à faire preuve d’extrême fermeté envers les étrangers. Les expulsions sont relativement peu nombreuses: 19 000 personnes ont été expulsées en 2015, alors que 200 000 étrangers déboutés seraient en théorie expulsables. La pratique varie selon les Länder: la Bavière est le Land procédant au plus grand nombre de reconduites à la frontière, tandis que celui de Thuringe, dirigé par le parti néocommuniste Die Linke, refuse d’expulser.