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Des amateurs de techno devant le très célèbre club Berghain de Berlin.
© Hannibal Hanschke / Reuters

Allemagne

Berlin vole au secours de ses clubs

Des centaines de milliers de jeunes venus du monde entier se rendent chaque année à Berlin pour y faire la fête. Mais, près de trente ans après la chute du Mur, les clubs de la ville sont menacés par la spéculation immobilière

Les clubs de nuit techno de Berlin sont légendaires. Ils attirent chaque fin de semaine des dizaines de milliers de jeunes venus du monde entier pour y faire la fête. Mais, dans une ville en plein développement, de nombreux établissements luttent pour leur survie. La municipalité a décidé de réagir. Le parlement régional de Berlin a adopté jeudi une première enveloppe d’un million d’euros pour aider les clubs menacés à améliorer leur isolation acoustique. L’objectif est d’enrayer l’épidémie de fermetures qui frappe la nuit berlinoise depuis des années.

La culture des clubs berlinois liée à la chute du Mur

La culture des clubs berlinois est liée à la chute du Mur. Au début des années 90, l’effondrement de l’industrie est-allemande laisse de considérables surfaces foncières à l’abandon. Personne ne sait vraiment à qui appartiennent les biens abandonnés, et partout des squats s’installent. Il règne alors à Berlin un chaos très propice au développement d’une culture alternative, et de nombreux clubs plus ou moins sauvages s’installent dans des zones en friche, en plein centre-ville. C’est l’âge d’or de la nuit berlinoise, créative, bon marché, confidentielle mais accessible à tous.

Le WMF s’installe dans des toilettes souterraines désaffectées situées sous le Mur. Ufo, la première «acid house» de Berlin, ouvre en 1989 dans la cave d’un immeuble abandonné, tandis que le Bunker accueille jusqu’à 30 DJ par nuit, dans un bunker désaffecté dont les pièces ne font pas plus de 20 mètres carrés…

Un embourgeoisement régulier

«Les choses ont commencé à changer au début des années 2000, explique Christian Goiny, élu local de la CDU, et spécialiste pour son parti de la nuit berlinoise. La ville a commencé à attirer de nouveaux habitants, le foncier est devenu rare, les prix ont commencé à exploser…» L’embourgeoisement de Berlin, où les loyers ont longtemps été dérisoires, contribue à la disparition à petit feu de la vie nocturne. Dans un pays où l’évolution des baux commerciaux n’est pas encadrée, la situation de bien des établissements est devenue très fragile. Le Watergate, un club au bord de l’eau en plein cœur de la ville, lutte ainsi pour sa survie depuis que le bâtiment qu’il occupe a changé de propriétaire voici plus de deux ans. Obligé d’augmenter ses prix, il a chuté dans le classement informel des clubs berlinois au rang
d’«établissement fréquenté par des touristes», et donc «non authentique».

Entre 2011 et 2015, 170 clubs dont les célèbres WMF, Tresor ou Bunker, ont ainsi dû mettre la clé sous la porte. Et ce n’est pas fini. Certains établissements comme le légendaire Berghain – réputé au-delà des frontières pour ses DJ, ses dark-rooms et l’intransigeance de son videur piercé et tatoué Sven Marquardt – ont réussi à s’installer dans la durée, mais quantité d’autres sont menacés. La Kulturbrauerei – centre culturel alternatif du quartier bobo de Prenzlauerberg – et le Yaam – un club de plage au bord de l’eau spécialisé dans la musique africaine et caribéenne – se battent avec la justice à la suite de plaintes du voisinage pour tapage nocturne. Partout dans la ville, les friches industrielles où s’étaient établis les clubs des années 90 sont désormais cernées par des logements neufs, achetés à prix d’or par des familles aisées. Dans bien des cas, ce sont même les anciens clubbeurs du quartier – devenus parents entre-temps – qui ne supportent plus le bruit.

La culture techno a tellement donné à Berlin qu’utiliser l’argent du contribuable pour venir en aide aux clubs menacés est la moindre des choses

Georg Kössler, député vert de la ville

Jeans, baskets, chemise bleu pâle et veste sombre, Christian Goiny, 52 ans, n’est plus vraiment un noctambule, ni un fan de techno d’ailleurs. Son genre musical serait plutôt le reggae… Il comprend mal «comment on peut acheter un logement à proximité d’un site branché pour se plaindre ensuite du bruit». Son engagement pour la vie nocturne est révélateur. La CDU (droite), comme les autres partis représentés au parlement régional, a depuis longtemps découvert le poids économique que représente la nuit dans une ville en plein développement. Les quelque 500 clubs de Berlin font vivre des milliers de personnes, contribuent à attirer les start-up dans la ville et favorisent le développement du tourisme.

«La culture techno a tellement donné à Berlin qu’utiliser l’argent du contribuable pour venir en aide aux clubs menacés est la moindre des choses, estime Georg Kössler, député vert de la ville. Avant, les politiciens parlaient des clubs berlinois comme d’un truc sympa, à la marge. Aujourd’hui, même nos adversaires de la CDU sont soudainement très motivés par ce qu’ils appellent l’économie de la nuit.»

Le lobby contre-attaque

De fait, en trente ans d’existence, la scène nocturne a atteint une certaine maturité et les clubs de Berlin se sont organisés pour défendre leurs intérêts. 220 établissements, parmi les plus connus de la ville, ont ainsi donné naissance en 2001 à un syndicat de la branche, la Club Commission. Chaque année, ce lobby organise des rencontres internationales avec les clubs d’autres villes européennes ou d’outre-Atlantique.

Il est question de spéculation immobilière, de prix d’entrée, d’isolation sonore, de hausse des loyers. Avec le déblocage d’un million d’euros pour voler au secours des clubs en difficulté, la Club Commission a remporté jeudi un premier succès concret. Mais la commission a d’autres revendications. La principale: qu’un pourcentage de mètres carrés soit conservé au sein de chaque projet immobilier d’envergure pour la culture alternative, qu’il s’agisse de clubs, de galeries d’art ou d’ateliers d’artistes.

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