REVUE DE PRESSE

Berlusconi miraculé, Rome s’embrase

A l’issue d’un vote encore plus serré que prévu et d’un nouveau sac de Rome, le président du Conseil sauve sa tête et conserve une position qui met l’Italie dans l’impasse politique

De violents heurts ont opposé mardi à Rome des manifestants qui dénonçaient la politique de Silvio Berlusconi aux forces de l’ordre, alors que le parlement discutait d’une motion de censure contre le chef du gouvernement, finalement repoussée à trois voix près (lire LT du 15.12.2010).

Mais qu’en dit la presse? «Quelle confiance!» titre Il Manifesto, traduit par Courrier international, à propos du rejet de cette motion. Le parti de Berlusconi, le Peuple de la liberté, a d’ailleurs demandé dans la foulée la démission du président de l’Assemblée nationale, Gianfranco Fini, à l’origine de la motion. Le chef du gouvernement, soulagé, a, de son côté, aussitôt proposé aux démocrates-chrétiens de l’UDC de faire alliance avec lui, ce «capitaine de navire à la dérive», selon l’expression d’El Periódico de Catalunya, dont l’éditorial est titré: «Agonia a la italiana».

Alors que se pose maintenant un vrai problème, celui de l’élargissement de la majorité au pouvoir en vue de construire davantage de compromis, Il Sole-24 Ore constate que «l’équipe gouvernementale ne montre aucune volonté de changement» et que son programme sera «conforme à une nécessaire politique d’austérité». Ce journal décrypte aussi, dans un autre article, comment la presse internationale traite l’Italie: souvent avec condescendance. Conservateur de droite, Il Tempo indique pour sa part que si «Gianfranco Fini a joué le tout pour le tout», preuve a été faite que «ce n’est pas un stratège»: «Il a perdu sa crédibilité.» Et, après de savants calculs de voix, d’oser les comparaisons militaires: «Berlusconi et Bossi, à l’heure actuelle, forment une superpuissance capable de contrôler tous les espaces, ciel, terre et mer.» Quant aux opposants, «ils ont perdu une bataille importante et, s’ils tentent de nouvelles manœuvres, ils risquent de perdre la guerre».

Pour La Repubblica, si le président du Conseil «gagne ce round» par «une victoire à la Pyrrhus» et que «Fini se trouve en grande difficulté, avec une scission à l’intérieur de son parti», «il y a pourtant plus de doutes que de certitudes à la fin de cette journée supplémentaire pour le gouvernement». Mais pour Il Giornale, pro-berlusconien, le premier ministre s’est bien montré en «bâtisseur» dans son duel face à un «Fini destructeur». Même si la presse italienne a amplement décrit ces derniers jours les tentatives d’achat de voix de la part d’émissaires du président du Conseil.

Elle avait déjà dit qu’«après le vote de confiance», ce serait «le vide», elle confirme: La Stampa condamne «les cris et les insultes» entendus mardi au Parlement italien, alors qu’en dehors, «la ville brûlait» suite aux manifestations estudiantines qui ont dégénéré dans les rues de Rome, comparées à «Beyrouth en temps de guerre». Ces images font «peur», qui disent «la distance entre une classe politique fermée sur elle-même, aux rituels qui se détériorent, et un pays qui devient méchant, car il n’a plus ni rêves ni direction». Ces garçons jouant à la guerre avec des gaz lacrymogènes représentent «une majorité silencieuse qui n’a même plus la force de se faire des illusions».

De toute manière, même si la rue parvenait à obtenir le départ du Cavaliere, «le berlusconisme serait loin de disparaître, croit savoir la Frankfurter Rundschau, citée par Eurotopics. La société italienne est complètement contaminée par son monde télévisuel glamour des riches et des beaux. Le pays est devenu une télécratie, dans laquelle les jeunes filles rêvent d’une carrière de starlette qui évoluerait en succès politique.» Et même «s’il déclare avec le Premier ministre russe Poutine, sur le ton de la plaisanterie, que tous deux gouverneront jusqu’à l’âge de 120 ans, le secret de sa longévité ne réside pas dans un petit remède miracle, reconnaît le journal tchèque Mladá fronta Dnes. Il n’y a tout simplement personne en Italie qui puisse se mesurer et s’opposer à lui.» «Berlusconi semble être fait de Téflon: les attaques glissent sur lui et l’épargnent», renchérit De Morgen, en Belgique.

Berlusconi porte désormais «le fardeau de la victoire», aux yeux du Corriere della sera: elle «n’est certes pas écrasante, mais la défaite des adversaires est incontestable». Et «le point crucial», maintenant, «ce qui intéresse vraiment» les citoyens, c’est de voir comment le miraculé en «fera usage». Il a «deux chemins possibles»: attendre la fin de son mandat en mettant la faute de son inertie politique sur l’opposition; ou «reconstruire la majorité sur une nouvelle base, perspective aujourd’hui qui semble improbable, mais qui devient possible si Berlusconi renonce à ses gratifications personnelles et aux polémiques contre le pouvoir judiciaire» qui le font s’accrocher à son poste pour échapper à la justice. 

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