revue de presse

Berlusconi n’est plus au-dessus des lois

Le verdict de la Cour constitutionnelle italienne, défavorable au président du Conseil, Silvio Berlusconi, fragilise sa position à la tête du gouvernement et de sa coalition de centre droit. Une phase délicate s’ouvre pour lui avec cette relance de la machine judiciaire

Les 15 juges de la Cour constitutionnelle italienne ont invalidé la loi d’immunité qui protégeait les cinq plus importantes fonctions de l’Etat, dont le chef du gouvernement Silvio Berlusconi, depuis son retour au pouvoir il y a un peu plus d’un an.

Les juges estiment que cette loi «violait au moins deux dispositions de la Constitution. Tout d’abord, il aurait fallu recourir à une loi constitutionnelle et non ordinaire comme cela été le cas [avec le président du Conseil]. D’autre part, elle remet en cause le principe d’égalité entre les citoyens», rapporte La Repubblica, pour laquelle Berlusconi est «en état de siège, protégé seulement par l’argent, les médias et l’immunité», comme le Financial Times, qui parle de «soap opera». Un mauvais coup pour Berlusconi, mais c’est «la force de la démocratie», commente l’éditorial du quotidien italien, évoquant «un signe certain de désespoir, mais aussi la preuve de l’instabilité des dirigeants». Car «aucune ligne gouvernementale, aucun sommet international n’a réussi à hisser le Cavaliere, en quinze ans, au rang de véritable homme d’Etat».

D’ailleurs, connu pour ses emportements, il s’en est pris avec virulence au chef de l’Etat, le président de la République («à la solde la gauche», dit-il), qu’il a accusé de partialité. La presse italienne se concentrait jeudi sur cette crise entre Silvio Berlusconi et Giorgio Napolitano. Mais reste que cette sentence constitutionnelle va fragiliser encore plus le président du Conseil, après que son image a été très écornée par le battage médiatique sur ses aventures présumées avec une mineure et des call-girls. Et vu les casseroles juridiques que Silvio Berlusconi traîne derrière lui, trois procédures pourraient être ouvertes contre lui: deux procès à son encontre et une affaire de corruption de sénateurs.

Il faut toutefois relativiser les choses, selon un commentaire de La Stampa: «Ce qui l’attend à Milan n’est pas l’échafaud. C’est une procédure normale, qui sera traitée par une autre instance juridique que celle qui a posé la question de la constitutionnalité. Elle butera par ailleurs sur un délai de prescription qui tombe en février 2010.» Il ne faut donc «pas trop en attendre» et être conscient que «le problème demeure», conclut le quotidien milanais.

Pour le Corriere della sera, qui détaille exactement les raisons pour lesquelles la loi a été déclarée inconstitutionnelle, Silvio Berlusconi, «après une des journées les plus difficiles de sa carrière politique, était à nouveau à son bureau tôt jeudi matin, semblant vouloir montrer de quoi les Italiens qui l’ont élu sont capables», car ils sont au nombre de «7 sur 10» en sa faveur.

Sur cette affaire, les internautes d’Il Sole-24 Ore sont intarissables: «Berlusconi devrait démissionner»; «il y a donc quelqu’un qui vérifie si les lois sont constitutionnelles, c’est une garantie pour tous». Le journal insiste sur la légitimité du président de la République face à un premier ministre affaibli. En plus, «il n’a pas de propositions d’action, pas d’idées pour gouverner», commente Il Tempo, qui prévoit un acquittement dû à la prescription.

«La Cour avait deux options, selon la correspondante à Rome du Nouvel Observateur: l’inadmissibilité ou l’illégitimité (totale ou partielle).» Mais maintenant, selon elle, le Cavaliere furioso «est devenu incontrôlable. Intervenant à minuit lors de l’émission TV de son fidèle journaliste Bruno Vespa, «Porta a porta» sur la Rai Uno, il a balayé en quelques minutes des années de règles institutionnelles et de respect pour la séparation des pouvoirs». «Tous les journaux, dit encore Marcelle Padovani du Nouvel Obs, s’attendent en tout cas à un nouvel accès de populisme, avec appel au «peuple» et manifestations de rue contre ceux qui essaient de bloquer le gouvernement légitime du pays» (Il Sole-24 Ore et Il Giornale, le quotidien de la famille Berlusconi). Mais le président du Conseil «ne donnera en tout cas pas sa démission, il ne provoquera pas des élections anticipées comme il l’avait laissé entendre avant la proclamation de la sentence, et cela fait comprendre à quel point Berlusconi a tout tenté, même l’intimidation, pour pousser les juges constitutionnels à donner leur aval à la loi qui le mettait à l’abri des procès», conclut-elle avec La Repubblica.

Sur son blog hébergé par Nouvelobs.com, Jean-Marcel Bouguereau pense que même si le locataire du palazzo Chigi «reste encore populaire dans l’opinion italienne, on commence dans la classe politique à envisager l’après». Tandis que Bruno Frappat, sur LaCroix.com, écrit que «l’Eglise l’a soutenu et commence (enfin!) à le reconnaître pour ce qu’il est: un homme sans foi ni loi». Ça fait trop.

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