Après avoir retardé pendant plusieurs mois ce rendez-vous, Silvio Berlusconi a finalement reçu mardi à Rome la visite de magistrats du tribunal de Palerme. Dans le cadre du procès pour collusion avec la mafia intenté à Marcello Dell'Utri, ancien président de Publitalia, la régie publicitaire de son groupe de communication, et cofondateur de Forza Italia, le chef du gouvernement italien devait en effet être entendu comme témoin. Les procureurs siciliens soupçonnent que d'importantes sommes d'argent appartenant à la mafia auraient transité à travers certaines holdings de l'empire du «Cavaliere» en raison des relations présumées entre Dell'Utri et Cosa Nostra. Ils souhaitaient ainsi interroger Silvio Berlusconi sur ces mouvements de capitaux suspects ainsi que sur la nature de ses rapports avec certains personnages en odeur de soufre. Sur recommandation de Marcello Dell'Utri, Vittorio Mangano avait par exemple été embauché dans les années 70 comme garçon d'écurie dans la villa du «Cavaliere» à Arcore avant d'être condamné à perpétuité, au cours des années suivantes, pour homicide, trafic de drogue et association mafieuse. Pour les magistrats, Silvio Berlusconi aurait également pu fournir un témoignage intéressant à propos des attentats commis contre ses anciens supermarchés Standa en Sicile. Selon certains mafieux repentis, ces attaques étaient provoquées pour contraindre son groupe à accepter le racket de Cosa Nostra. Mais hier, l'audience n'a duré que quelques minutes.

Affaire classée

Dans une salle du Palazzo Chigi, le palais gouvernemental, d'où les journalistes ont été tenus à l'écart «pour sauvegarder la sécurité du président du Conseil», Silvio Berlusconi a en effet refusé de répondre aux juges estimant qu'en ce qui le concerne, l'affaire était déjà classée, ayant été lui-même blanchi de l'accusation de collusion avec Cosa Nostra dès 1996. «Ce n'est pas un refus de collaborer», a tenté d'expliquer l'avocat du premier ministre, Nicola Ghedini, qui est par ailleurs parlementaire de Forza Italia. «Il s'agit d'exercer un droit. Le président du Conseil avait déjà éclairci tous les aspects de cette affaire. Son témoignage n'aurait absolument rien apporté de nouveau», a ajouté l'avocat.

«Silvio Berlusconi était très tendu», a révélé l'un des avocats, partie civile pour la province de Palerme. «En tant que citoyen, Berlusconi avait effectivement la faculté de ne pas répondre», a remarqué Piero Fassino, le secrétaire des Démocrates de gauche ajoutant: «Mais en tant que président du Conseil, j'estime que ce n'est pas un comportement opportun.»