François Hollande n’a pas voulu prendre le moindre risque pour sa fin compliquée de quinquennat. Politiquement marginalisé par sa décision, prise le 1er décembre, de ne pas briguer un second mandat et par la candidature à l’Elysée de son premier ministre sortant Manuel Valls lundi soir, le président Français a choisi l’option la plus raisonnable pour le remplacement de ce dernier à la tête du gouvernement.

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Ministre de l’intérieur depuis avril 2014 (il avait alors remplacé… Manuel Valls, promu premier ministre) Bernard Cazeneuve est tout sauf un audacieux ou un dirigeant socialiste susceptible de faire tanguer le navire naufragé de la majorité socialiste d’ici à la présidentielle des 23 avril et 7 mai 2017. Plus important encore: l’ancien député-maire de Cherbourg, 53 ans, doit tout à François Hollande, qui l’a fait sortir de l’ombre, puis promu dans la hiérarchie gouvernementale jusqu’à lui confier les clés de Matignon.

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Porte-parole adjoint du candidat Hollande en 2012, ministre délégué aux Affaires européennes (2012-2013), propulsé d’urgence ministre du Budget (2013-2014) pour remplacer le fraudeur fiscal Jérôme Cahuzac, puis nommé à l’Intérieur, ce juriste de formation n’avait jamais, avant ce quinquennat, occupé les avant-postes socialistes.

Bruno Le Roux en pare-feu

Sa nomination surprise Place Beauvau avait d’ailleurs accru le fossé entre François Hollande et plusieurs ténors du PS comme le maire de Dijon François Rebsamen, ancien directeur de la campagne présidentielle de Ségolène Royal en 2007, qui s’était préparé de longue date pour ce poste. Le choix de Bruno Le Roux comme ministre de l’intérieur pour cette fin de mandat est de ce point de vue révélateur: patron des députés socialistes, le député de Seine-Saint-Denis (banlieue nord de Paris) aura pour mission de jouer le pare-feu entre l’exécutif et les élus PS, alors qu’approche la tourmente de la primaire de la gauche.

L’argument massue pour la nomination de Bernard Cazeneuve est évidemment sa crédibilité et sa fiabilité, démontrées au fil des attentats terroristes de 2015 et de 2016. La manœuvre présidentielle, toutefois, semble moins avoir été guidée par le souci de récompenser ce serviteur de l’Etat (qui, ces derniers jours, avait fait habilement fuiter son intention de rejoindre le cabinet d’avocat parisien August et Debouzy) que de se protéger lui-même dans son palais de l’Elysée, face aux attaques et aux critiques qui ne manqueront pas d’être formulées par les candidats à la primaire.

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Il y avait d’autres possibilités

D’autres solutions étaient envisageables: la nomination de Michel Sapin, ministre de l’Economie et des Finances, très proche de son homologue allemand Wolfgang Schäuble; la récompense ultime du «grognard» Stéphane Le Foll, ministre de l’agriculture et âme damnée du «hollandisme»; ou un beau geste proparité en nommant soit Marisol Touraine, ministre de la Santé (ce qui risquait de soulever une polémique), soit la jeune ministre de l’Education Najat Vallaud-Belkacem.

Un partisan de l’atome

On notera aussi que Bernard Cazeneuve, élu de cette région du Cotentin où se trouve l’usine de retraitement de déchets nucléaires de La Hague, est un fervent partisan de l’atome. Manière de signifier aux écologistes qu’ils n’ont pas grand-chose à attendre de ces prochains mois.

Jusqu’au bout, le chef de l’Etat français semble vouloir rester le président des «demi-mesures» comme l’a caractérisé l’ancien ministre de l’économie Emmanuel Macron, lui aussi en piste pour l’Elysée. En nommant à Matignon un homme qui lui doit tout, qui sait tenir à distance les médias et qui dispose des meilleurs réseaux dans la police et les services de sécurité, François Hollande mise sur un premier ministre bouclier. Sa tâche principale en pleine bataille politique présidentielle sera de tenir la maison France pendant que le chef de l’Etat se préoccupera avant tout des questions internationales.

Un bouclier destiné, aussi à le protéger jusqu’à la passation de pouvoirs avec son successeur, à la mi-mai 2017. Il bénéficiera ensuite des avantages à vie consentis aux premiers ministres français, notamment un chauffeur, un officier de sécurité et un assistant personnel.

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