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Des manifestants font face à des policiers à Lyon, le 5 avril 2016.
© JEFF PACHOUD

France

Bernard Spitz: «Tout peut arriver, y compris le pire»

Pour le sociologue Bernard Spitz, la France ne peut plus continuer à maltraiter ainsi sa jeunesse.

Le titre de son dernier livre donne le ton. Dans «On achève bien les jeunes» (Ed. Grasset) le sociologue Bernard Spitz, ancien conseiller de Michel Rocard et animateur du collectif social-démocrate «Les Gracques», tire une nouvelle fois le signal d’alarme. Tout en déplorant que le projet de loi «travail», dans lequel il voit des pistes intéressantes de réforme, soit aujourd’hui la cible de la contestation.

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- LeTemps: Les opérations «Nuit Debout» semblent rassembler de plus en plus de jeunes, à Paris et en province. Une étincelle capable d’enflammer la France?

- Bernard Spitz: Il fallait un détonateur pour que la jeunesse française entre en contestation. Or le fait est que le projet de loi «travail» défendu par la ministre Myriam El Khomri est en train de jouer ce rôle, de façon d’ailleurs incohérente. Dans ses grandes lignes, ce texte ne concerne aucunement les jeunes. Mais la gestion déplorable de ce dossier l’a transformé en poudrière. Tout est parti, ne l’oublions pas, de la tribune au vitriol contre l’actuel gouvernement cosignée par Martine Aubry, des syndicalistes étudiants et des responsables des jeunesses socialistes! Maintenant, les dés roulent. Et vu le niveau de frustration de la jeunesse française, tout peut arriver. Y compris le pire..

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- Le malaise des jeunes n’est donc pas seulement social, centré sur la peur des licenciements et de la précarité au travail?

- Il y a un énorme malentendu. La réalité du marché du travail est que les rigidités françaises jouent contre l’embauche, et qu’une flexibilité plus grande profiterait sans doute à l’emploi des jeunes. Mais une bonne partie de la jeunesse d’aujourd’hui, qui se sent trahie par la classe politique et méprisée par les patrons, n’a aucune confiance dans les entreprises, dont beaucoup de manifestants pensent qu’elles ne font que licencier.

Le plus grave, néanmoins, est surtout à mes yeux le cumul d’énergies négatives. Les jeunes ont été au cœur de la campagne présidentielle de 2012 et des promesses de François Hollande. Or ils ont de nouveau été trahis. Rien n’a changé. Le taux de chômage des moins de 25 ans en France a continué de grimper. Les mesures proposées, comme la promesse de former 900 000 jeunes, ne tiennent pas la route car le système est en panne, trop inadapté aux besoins des employeurs.

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- Vous dites dans votre ouvrage que la France a «sacrifié sa jeunesse». Vous n’y allez pas un peu fort?

- Regardez les chiffres: la jeunesse française demeure la variable d’ajustement d’un système qui profite, en gros, à la génération de mai 68! Avec, en plus, le poids de la vitalité démographique française: 150 000 jeunes non qualifiés continuent chaque année d’arriver sur le marché du travail dans l’hexagone. Tant qu’on ne changera pas les règles, tant que l’apprentissage ne sera pas remis d’aplomb à grande échelle, l’impasse demeurera.

Je ne peux pas m’empêcher non plus d’être sceptique sur les leaders du mouvement de protestation actuel. Que sont devenus les meneurs des révoltes de lycéens et d’étudiants d’antan? Presque tous sont élus ou apparatchiks socialistes! Il faudrait quand même s’interroger. Cette jeunesse-là va-t-elle, à nouveau, être manipulée?

- Vous la craignez, cette manipulation?

- Je la redoute, car elle ne ferait qu’accroître les frustrations et le mécontentement. Cette jeunesse a besoin de meneurs capables de catalyser les forces positives. Il faut la réconcilier avec le monde de l’entreprise. Il faut aussi la remettre dans le jeu politique. Le problème, c’est que le gouvernement manque cruellement de réponse face à l’incroyable insatisfaction de cette catégorie de la population qui façonnera l’avenir du pays.

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