Dure réalité pour les autorités suisses. Alors que les militaires français ou britanniques ont entrepris de déployer leurs forces spéciales dans la capitale ivoirienne pour en évacuer leurs ressortissants, voire des ressortissants d'autres nationalités, elles demeurent dans l'impossibilité absolue de porter assistance aux quelque 136 Suisses restés sur place autrement que par des conseils. Or ceux-ci ont-ils été à la hauteur?

Devant les critiques de ressortissants helvétiques rapatriés de Côte d'Ivoire sur la gestion de la crise par la Confédération, le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) a annoncé dimanche qu'il allait envoyer un de ses collaborateurs à Abidjan, la capitale économique du pays, pour y renforcer le dispositif d'assistance aux ressortissants helvétiques et «éviter que des problèmes se répètent», a indiqué Ivo Sieber, un porte-parole du DFAE.

Celui-ci a reconnu que des problèmes de communication avaient pu se produire entre les Suisses et leur ambassade au plus fort des violences anti-françaises, qui ont éclaté le 6 novembre. Mais il a affirmé que l'ambassade avait rétabli vendredi le contact avec tous ses ressortissants qui ont décidé de rester. «La Suisse comprend les réactions des trois familles dont les maisons ont été pillées», a-t-il ajouté, précisant qu'une assistance avait été organisée dans tous les aéroports où les Suisses rapatriés transitaient, que ce soit à Paris, à Cologne ou à Rome. Dès le début de la crise, la France a offert de ramener les Suisses qui le souhaitaient à bord de ses vols, une information qui a été répercutée auprès de la communauté helvétique. Certains sont rentrés avec d'autres compagnies. L'ensemble des retours fera l'objet d'une évaluation afin «d'établir quels coûts sont à la charge de la Suisse», a précisé Ivo Sieber.

Sauvée in extremis

«L'ambassade n'a fait aucun effort pour m'aider», a ainsi déclaré Corinne Moix, Valaisanne de 32 ans rapatriée avec son fils de 17 mois. La jeune femme reproche notamment à la représentation helvétique de ne pas l'avoir contactée dès le début de la crise. L'épouse française d'un Suisse de Côte d'Ivoire a également mis en cause le fonctionnement de l'ambassade. La mission ne l'aurait contactée que quatre jours après le pillage de sa maison. Elle a été sauvée in extremis avec ses deux enfants par les soldats français. «Nous, les Suisses, n'étions pas assez informés. L'ambassade aurait pu nous appeler pour nous demander ce que nous voulions faire et nous donner des conseils», a-t-elle déploré. Samedi, lors des émeutes, des vandales ont pillé sa maison. La jeune femme et son fils ont été pris en charge par les forces françaises qui les ont acheminés sur leur base. Elle a alors contacté l'ambassadeur suisse, Johannes Kunz, pour lui demander quelles étaient les possibilités de regagner la Suisse. Celui-ci lui a fait savoir que, si elle le souhaitait, elle pouvait se faire évacuer par les Français, mais qu'il ne voyait pas l'utilité d'une telle mesure. «Je lui ai demandé comment j'allais rentrer en Suisse depuis Paris, il m'a dit de me débrouiller. Ses réponses m'ont déçue», regrette-t-elle.

«Ces circonstances sont exceptionnelles. Les conditions de travail étaient particulièrement difficiles», a expliqué Ivo Sieber. L'«îlotier» chargé de maintenir le contact avec cette famille avait lui-même été victime d'un pillage, raison pour laquelle la communication a été enrayée, a-t-il expliqué. Au total, neuf «îlotiers» sont chargés de garder le contact avec les Suisses dans les différents quartiers d'Abidjan. «Ce système de communication fonctionne, même si nous reconnaissons avoir eu des problèmes au début de la crise», a ajouté Ivo Sieber. Selon lui, l'ambassade a informé tous les Suisses des possibilités de quitter la Côte d'Ivoire, en coopération avec la France. Mais «nous laissons la décision à chaque individu», a-t-il précisé.