Le sort du terroriste présumé Mohamed Achraf, emprisonné en Suisse mais réclamé par l'Espagne, continue de semer le trouble au sein du Département de justice et police (DFJP) de Christoph Blocher. Jeudi dernier, le conseiller fédéral serait même entré dans une colère noire et sonore contre le procureur de la Confédération, Valentin Roschacher, affirmait mardi le quotidien Blick.

Que s'est-il passé? Mercredi 3 novembre, lors d'une conférence de presse, Christoph Blocher affirme vouloir extrader aussi vite que possible vers l'Espagne le chef présumé du groupe «Martyrs pour le Maroc». Dès le 19 octobre, il avait suggéré à son homologue espagnol d'envoyer rapidement une demande d'extradition, qui est parvenue en Suisse huit jours plus tard.

Mais le jeudi 4 novembre, le procureur général de la Confédération, Valentin Roschacher, revient d'un voyage en Espagne. Son porte-parole tient à son tour une conférence de presse: la priorité, explique-t-il, n'est pas l'extradition mais l'enquête judiciaire suisse ouverte par le Ministère public contre Mohamed Achraf, qui aurait coordonné ses activités terroristes depuis une prison zurichoise. La divergence entre le procureur et le ministre est frappante. «Manifestement, Valentin Roschacher est bien décidé à garder Achraf pour son enquête, en dépit des assurances données par Blocher aux Espagnols», résume une source informée à Berne.

Le terroriste opposé à son extradition

L'importance pratique du différend est limitée: il faudra de toute façon plusieurs mois pour remettre Mohamed Achraf à l'Espagne, car le terroriste présumé s'oppose à son extradition. Mais cet épisode met en lumière une nouvelle ligne de fracture au sein du DFJP. Elle oppose son chef, réputé très directif, à un procureur général bien décidé à manifester son indépendance vis-à-vis du pouvoir politique. Mardi, les services de Christoph Blocher ont refusé de commenter l'apparent désaccord entre les deux hommes, tout en précisant que le conseiller fédéral «n'est pas énervé».