Les nombreux manifestants rassemblés près de la station de métro AT&T, à proximité du Wells Fargo Center n’auguraient rien de bon. Les uns dénonçaient la «corruption » du Parti démocrate, d’autres Hillary Clinton « vendue » au grand capital. A quelques pas de là, les délégués démocrates ont néanmoins émis un signal d’unité lundi soir. Le principal artisan de ce début de réconciliation entre le camp Clinton et celui de Bernie Sanders a été le sénateur du Vermont.

Le candidat malheureux à l’investiture démocrate, qui est arrivé sur scène en quasi rock-star tant il a reçu une ovation du public, a en effet appelé l’assemblée à tout faire pour qu’Hillary Clinton accède à la Maison-Blanche. «Au vu de ses idées et de son leadership, Hillary Clinton doit devenir la prochaine présidente des Etats-Unis. Il n’y a pas photo.» Dans le même temps, il a insisté sur les dangers que représenterait un président Donald Trump.

Bernie Sanders, qui, au cours des primaires, a galvanisé un électorat remonté contre Wall Street, contre les multinationales et contre le pouvoir de l’argent dans les campagnes électorales, n’en a pas moins rappelé le mouvement qu’il estime avoir mis en place : «J’espère que vous êtes fiers de ce que nous avons accompli. Nous avons commencé une révolution politique pour transformer le pays. Et elle continue » au-delà des contingences électorales, a-t-il souligné. Celui qui se nomme «socialiste démocrate » a martelé que la présidentielle du 8 novembre prochain n’était pas une élection au sujet de Trump, Clinton ou Sanders, mais un scrutin dont les enjeux sont les besoins des Américains, la nécessité de restaurer la classe moyenne qui «décline depuis quarante ans » et de réduire la pauvreté qui affecte «47 millions de personnes » outre-Atlantique. Bernie Sanders a aussi tressé des louanges à Barack Obama, relevant que le président démocrate avait réussi à rétablir le pays après la pire crise économique depuis les années 1930 et qu’il avait accompli beaucoup de choses, mais « qu’il y a encore beaucoup, beaucoup de travail ».

Aide pour aller à l’Université

Si les tensions demeurent au sein du Parti démocrate, surtout après le piratage d’e-mails du Parti démocrate qui ont été diffusés par WikiLeaks vendredi, Bernie Sanders a réussi à maintenir le souffle d’un mouvement dont il est difficile de prédire l’avenir après le 8 novembre. Il a aussi contribuer au rassemblement des deux camps démocrates. Pour ce faire, il a insisté sur tous les points communs entre lui et Hillary Clinton, la volonté de cette dernière d’augmenter le salaire minimum et de lutter contre le changement climatique. « Récemment, nous (Hillary Clinton et Bernie Sanders) nous sommes retrouvés et nous sommes entendus sur une proposition qui va révolutionner l’éducation», a-t-il déclaré. L’objectif est de permettre aux enfants grandissant dans des familles aux revenus inférieurs à 125 000 dollars par année de bénéficier d’une aide pour pouvoir aller à l’Université.

Le sénateur du Vermont n’a pas caché être déçu par le processus de nomination en place au sein du Parti démocrate, surtout après l’affaire WikiLeaks qui a montré le biais des instances dirigeantes du parti en faveur d'Hillary Clinton. Mais bien qu’il ait perdu les primaires, il a obtenu gain de cause dans bien des domaines. A commencer par la plate-forme électorale qui, de l’avis de nombre de délégués est la plus progressiste dans l’histoire du pays. Au vu de la pression considérable qu’a exercée Bernie Sanders sur Hillary Clinton au cours de primaires finalement très disputées, celle-ci a viré davantage à gauche qu’on aurait pu le penser. Là où l’ex-secrétaire d’État a rétabli un peu l’équilibre pour retrouver le centre, c’est en nommant l’ex-gouverneur de Virginie Tim Kaine sur son ticket en tant que candidat à la vice-présidence des Etats-Unis. L’homme est un catholique pratiquant opposé à l’avortement et à la peine de mort, grand défenseur des droits civiques. Avant de devenir le colistier de la candidate démocrate, il était favorable au Partenariat trans-pacifique, un traité de libre-échange conclu par douze pays de la zone Asie-Pacifique dont les Etats-Unis. Il a désormais adapté son message à celui d’Hillary Clinton qui désormais s’y oppose.

«Le parti du peuple»

Délégué de Californie pour Bernie Sanders, Robert Shearer n’est toutefois pas convaincu, mettant en exergue le travail d’unification du parti qui devra encore être accompli d’ici à la présidentielle. «Je n’aime pas la manière dont on nous fait peur si on ne vote pas pour Hillary Clinton. Pour moi, ce qui se passe avec Bernie Sanders n’est que le début. Nous allons, comme Trump avec le Parti républicain, prendre le contrôle du Parti démocrate de l’intérieur afin d’en refaire un parti du peuple. Nous allons aussi continuer à manifester à l’extérieur.» Que fera Robert Shearer le 8 novembre? Il préfère garder le silence.


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