Etats-Unis

Bernie Sanders a-t-il raison de dire que Hillary Clinton peut encore être battue?

Le challenger de celle qui a désormais engrangé 2383 soutiens – soit la majorité des délégués démocrates – affirme qu’il peut encore retourner le vote de certains «super-délégués» et gagner la nomination. Bravade ou hypothèse réaliste? Elections, mode d’emploi

Petit rappel: Qui choisit les candidats à la présidentielle?

Tous les quatre ans, le Parti républicain et le Parti démocrate organisent pendant plusieurs mois, Etat par Etat, un système de présélection des candidats à l’investiture en élisant des délégués.

Le nombre de délégués dans chaque Etat est fixé par chaque parti, en fonction de la population. Ainsi la Californie élira 546 délégués démocrates le 7 juin, mais le Dakota du Nord seulement 23.

La répartition des délégués varie. Ainsi les délégués républicains sont répartis de façon différente selon les Etats, soit avec une dose de proportionnelle («Winner-take-most» comme dans le New Jersey ou en Californie) soit sans proportionnelle («Winner-take-all» comme dans le New Jersey ou le Delaware).

Ces délégués s’engagent auprès d’un candidat, et sont élus

- via des caucus, un système où les sympathisants des partis se regroupent physiquement dans divers lieux (salles de sports…) autour des représentants des candidats de leur parti.

- via des primaires, des élections qui peuvent être ouvertes (tous les Américains peuvent voter) ou fermées (seuls les sympathisants ou militants participent).

Les Américains ont commencé à voter le 1er février dans l’Iowa, la dernière primaire aura lieu le 7 juin, en Californie, aux New Jersey, Montana, Nouveau-Mexique, Dakota du Nord et Dakota du Sud.

Bernie Sanders a-t-il définitivement perdu, ce 7 juin?

Les jeux sont faits sur le papier. Côté démocrate, il fallait 2383 délégués pour gagner (majorité simple de 4765 délégués). Et Hillary a passé la barre ce lundi 6 juin grâce au Porto Rico.

Dans ces décomptes, Hillary bénéficie de 571 super-délégués, contre 48 seulement pour Bernie Sanders.

Quel rôle jouent les super-délégués?

Parmi leurs délégués les Américains élisent aussi des «super-délégués», des responsables locaux de parti, qui ne s’engagent pas à voter sur un candidat tout en indiquant le plus souvent leur préférence – on distingue en réalité les «pledged delegates» qui s’engagent des «unpledged delegates» qui réservent leur vote. Le jour de la Convention, qui désigne le candidat officiel, ceux-ci votent selon leur statut pour qui ils veulent, souvent pour le candidat qui est déjà en tête, pour augmenter sa représentativité.

Les républicains comptent 100 super-délégués (dont 54 rien qu’en Pennsylvanie), et les démocrates 712.

Quand le choix définitif des candidats sera-t-il fait?

Les candidats officiels sont élus lors des Conventions des partis, qui rassemblent tous les délégués.

La Convention républicaine aura lieu du 18 au 21 juillet à Cleveland, dans l’Ohio. Celle des démocrates est organisée une semaine plus tard, du 25 au 28 juillet à Philadelphie, en Pennsylvanie.

Les Conventions ne font normalement qu’entériner officiellement le résultat des primaires, et servent à resserrer les rangs autour de l’heureux élu. Mais cette année est exceptionnelle. Le caractère très clivant de Donald Trump et la résistance inattendue de Bernie Sanders ont dynamité le déroulement habituel de la campagne.

Les Conventions sont-elles jouées d’avance?

Les délégués ont certes été élus en s’engageant pour voter pour un candidat précis. Cependant:

- Alors qu’au premier tour les délégués de la plupart des Etats se sont engagés à voter pour le candidat qu’ils ont soutenu («pledged delegates»), si aucun candidat n’est élu dès le premier tour, à partir du 2e tour plus de la moitié des délégués sont déliés de cet engagement et votent comme ils le veulent.

- Les super-délégués peuvent changer la donne.

- Des marchandages de dernière minute peuvent avoir lieu. Ainsi les délégués des candidats républicains qui ont quitté la course devront choisir de donner leur voix (546 délégués pour Ted Cruz, 168 pour Rubio, 153 pour John Kasich, 9 délégués de Ben Carson, les 4 de Jeb Bush, et l’unique délégué de Carly Fiorina, Mike Huckabee et Rand Paul).


Donald Trump peut-il encore être stoppé? Les «conventions contestées»

Si Donald Trump ne parvient pas à rassembler les 1237 délégués dont il a besoin pour être majoritaire, les républicains vivront pour la première fois depuis 40 ans une Convention ouverte, une «Contested Convention» autrement dit où aucun candidat n’aura la majorité simple à l’ouverture. La désignation du candidat aurait ensuite lieu tour de scrutin après tour de scrutin. Ce qui selon des observateurs pourrait même faire ressurgir des candidats qui ont aujourd’hui jeté l’éponge. Les règles sont volatiles et imprévisibles… Tout dépendra des délégués.

Bonus: Election Day

L’élection présidentielle aura lieu le 8 novembre, elle aussi se réalise au suffrage universel indirect. Les citoyens votent pour des «grands électeurs» qui sont associés à un candidat. Leur nombre varie selon la taille des Etats (55 en Californie, 38 au Texas mais 3 dans le Colorado ou le Vermont).

Dans la plupart des Etats, le parti qui gagne à la majorité relative, remporte la totalité des «grands électeurs» de cet Etat (selon le principe du «Winner-take-all»). Au niveau fédéral, les 538 grands électeurs votent enfin pour le candidat qu’ils se sont engagés à soutenir.

C’est ce mode de scrutin indirect qui explique l’écart entre le vote populaire et le vote des grands électeurs, souvent très important. Un président américain peut même être élu sans la majorité des voix: en 2000, George Bush a obtenu 47.9% des suffrages contre 48.4% à Al Gore.


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