La hache de guerre est enterrée, mais on est encore loin de fumer le calumet de la paix. Les primaires démocrates pour la présidentielle de novembre sont terminées. Hillary Clinton les a remportées de manière beaucoup plus nette que Barack Obama en 2008. Malgré l’évidence des chiffres, son rival Bernie Sanders n’a pourtant pas encore baissé pavillon. «Les élections vont et viennent. Mais les révolutions politiques et sociales qui visent à transformer notre société sont permanentes», a souligné le sénateur du Vermont dans un récent discours. Il refuse de concéder sa défaite, de féliciter la gagnante et d’apporter son soutien formel à sa rivale dont il a à peine mentionné le nom. Sa priorité est claire: «La principale tâche politique que nous avons au cours des cinq prochains mois est de nous assurer que Donald Trump sera battu, sévèrement battu.»

Donnant l’impression qu’il est toujours en campagne électorale sans vraiment l’être, Bernie Sanders n’a toujours pas renoncé à la protection des services de sécurité (Secret Service) accordée aux candidats. Des gardes du corps continuent de l’accompagner lors de ses déplacements. Selon le Washington Post, ce type de service coûte jusqu’à 38 000 dollars par jour.

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Sa rencontre à la Maison-Blanche avec Barack Obama au lendemain de la primaire de Californie lui a donné une visibilité inespérée. Elle a sans doute atténué les positions de Bernie Sanders qui était prêt à alpaguer les super-délégués démocrates d’ici à la convention pour les convaincre, malgré sa défaite, qu’il était le plus à même de gagner contre Donald Trump. En pacificateur, le président démocrate a jugé bon de jeter des ponts entre les deux rivaux afin d’unifier le parti d’ici à l’élection du 8 novembre tout en donnant son soutien formel à Hillary Clinton.

Peu importe. Le candidat «socialiste» entend utiliser jusqu’au bout le levier de sa campagne et des 12 millions de votes qu’il a obtenus pour influer le plus possible sur la plateforme électorale démocrate en juillet à Philadelphie. Il compte demander la suppression des super-délégués. Il exige aussi une transformation du parti et a déclaré la guerre à son actuelle présidente, Debbie Wasserman Schultz, qu’il juge vendue à la cause de l’ex-secrétaire d’Etat. Il a néanmoins fini par rencontrer Hillary Clinton dans un hôtel de Washington pour préparer la convention démocrate du 25 juillet et la présidentielle de novembre.

L’entêtement de Bernie Sanders a transformé la campagne

De son côté, l’ex-sénatrice de New York fait le poing dans la poche. Pour gagner la présidentielle de novembre, elle a besoin des votes et de l’enthousiasme des électeurs de Bernie Sanders, en particulier les jeunes qui ont préféré l’audace «révolutionnaire» du septuagénaire du Vermont au discours plus calibré de celle qui incarne l’establishment. L’unité du parti devient urgente. Donald Trump, qui devrait être investi à la convention républicaine de Cleveland en juillet, sauf «coup d’Etat», a déjà tiré avantage de l’ambiguïté de Bernie Sanders.

Lors d’un meeting à Las Vegas samedi, le milliardaire a laissé entendre que «Crazy Bernie» ne se retirait pas de la course à l’investiture pour une raison simple: il attendrait que le FBI inculpe Hillary Clinton pour avoir violé les règles de l’administration après avoir utilisé exclusivement une messagerie privée quand elle était patronne du Département d’Etat.

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L’entêtement de Bernie Sanders, critiqué même au sein de son propre camp, n’en a pas moins transformé la campagne électorale 2016. #OurRevolution est l’un des quatre hashtags les plus populaires aux Etats-Unis. Le sénateur du Vermont a transporté les foules par son message simple visant à sauver la classe moyenne de la déroute. Il a milité sans relâche pour une hausse du salaire minimum à 15 dollars, la gratuité des études universitaires, l’abandon de fracturation hydraulique dans l’extraction des gaz de schiste ou encore le démantèlement des grandes banques posant un risque systémique.

Mais ses propositions populistes ont un coût: elles se chiffreraient à plus de 21 000 milliards de dollars malgré de substantielles hausses d’impôts. «Oligarchie politique et financière», «millionnaires et milliardaires», «système truqué et corrompu»: le sénateur du Vermont a lui aussi fini par lasser en raison d’un discours qui n’a pas changé d’une virgule depuis le début de la campagne. Mais il a déjà atteint plusieurs objectifs: Hillary Clinton mène une campagne beaucoup plus à gauche qu’avant. Elle milite désormais pour l’extension de la Social Security (retraites), contre le traité de libre-échange transpacifique. Elle est en revanche très sceptique quant au projet de réforme de la santé proposé par Bernie Sanders. A ses yeux, il faut plutôt élargir la couverture d’Obamacare plutôt que chercher à réinventer la roue.

A l’image de Donald Trump chez les républicains, peu de monde donnait au candidat socialiste la moindre chance face à «l’inévitable» favorite Hillary Clinton. Il a prouvé le contraire, transformant le mouvement social Occupy Wall Street en projet politique. En dépit de ses succès, certains de ses conseillers lui suggèrent désormais de sortir par la grande porte. Sans quoi il laissera l’image d’un homme blanc rancunier face à la première femme candidate à la présidence des Etats-Unis.