états-Unis

Bernie Sanders lance sa «révolution» à Brooklyn

Candidat à la présidentielle de 2020, le sénateur promet de «transformer l’Amérique». Sa popularité se mesure notamment à la vitesse avec laquelle il récolte ses fonds de campagne

La révolution sous la neige. Bernie Sanders a lancé sa campagne pour l’élection présidentielle de 2020 en retournant sur ses terres, à Brooklyn, devant un public nombreux, composé en grande partie de jeunes et de familles. Il était attendu comme une rock star, malgré le froid.

Sur le campus de Brooklyn College, entre les superbes bâtiments universitaires en briques rouges, c’est d’abord un groupe de reggae qui est monté sur scène, samedi, pour réchauffer le public. Puis, les haut-parleurs ont craché des morceaux de musique parlant tous de révolution, dont du Tracy Chapman. Des orateurs, parmi lesquels Jane Sanders, la femme du candidat, se sont succédé, avant de laisser place à l’homme à la fameuse chevelure blanche ébouriffée. Des centaines de pancartes bleues «Bernie» se sont alors levées à l’unisson, et le public a scandé son nom.

«Cumuler deux ou trois jobs»

Candidat malheureux à la primaire démocrate de 2016 face à Hillary Clinton, le sénateur du Vermont jouit toujours d’une grande popularité. Il n’est plus l’outsider d’il y a trois ans. Sa campagne promet d’être plus structurée. «C’est l’un des rares politiciens qui défendent les mêmes idées depuis des années. Il est cohérent dans son programme», commente un de ses partisans.

Pour son premier meeting électoral, sur le campus où il a étudié un an et pas loin d’où il a passé une grande partie de son enfance, «Bernie», 77 ans, a qualifié Donald Trump de «président le plus dangereux de l’histoire moderne des Etats-Unis». Il a promis de «transformer l’Amérique», d’expurger le climat politique de ses relents de «racisme, de haine, de mensonges, de sexisme et de bigoterie religieuse». Il a promis un «gouvernement fondé sur la justice économique, sociale, raciale et environnementale».

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Bernie Sanders milite pour une couverture santé pour tous, un salaire minimum à 15 dollars de l’heure, des universités publiques gratuites et des logements bon marché. Sans surprise, il s’est attaqué aux «puissants» de Wall Street et a fustigé les fameux «1% de super-riches» et leurs privilèges «alors que de très nombreux Américains doivent cumuler deux ou trois jobs pour payer leurs factures». Indépendant, le sénateur du Vermont est administrativement rattaché aux démocrates au Congrès. Il revendique son étiquette de «socialiste». Durant son discours d’une quarantaine de minutes, il n’a pas une seule fois évoqué ses concurrents démocrates pourtant nombreux. Onze candidats déclarés sont officiellement en course, dont six femmes. Très attendu, Joe Biden, vice-président sous Barack Obama, devrait bientôt annoncer sa candidature.

Nouvelle stratégie de campagne

Cette fois, Bernie Sanders, le plus à gauche des papables, joue davantage la carte de la personnalisation. A Brooklyn, il a rappelé ses origines modestes, avec un père immigrant juif polonais qui s’est réfugié aux Etats-Unis à l’âge de 17 ans, et plusieurs membres de la famille décédés dans des camps de concentration. Bernie Sanders a aussi mis l’accent sur son engagement en faveur des droits civiques, à Chicago, quand il était étudiant. Sachant que des femmes issues de minorités, comme l’Afro-Américaine Kamala Harris, pourraient lui faire de l’ombre, il met en avant sa longue expérience d’activiste et soigne tout particulièrement l’électorat noir.

«Je sais d’où je viens», a-t-il insisté, devant son public en liesse. «Contrairement à Donald Trump, qui a paralysé le gouvernement [avec le shutdown, ndlr] et laissé 800 000 employés fédéraux sans revenu pour payer les factures, je sais ce que c’est que d’être dans une famille qui vit de chèque de paie en chèque de paie.» En 2016, il n’avait que très peu évoqué son parcours personnel. Voilà qui représente un changement de stratégie notable.

Sa popularité se mesure notamment à la vitesse avec laquelle il est parvenu à récolter des fonds dans l’espoir de remporter l’investiture démocrate. Six millions de dollars en vingt-quatre heures, à peine sa campagne officiellement lancée le 19 février! Et 10 millions en une semaine. Bien mieux que ses rivaux, bien mieux que les débuts de sa propre campagne en 2016. Et pas de riche donateur à l’horizon: la moyenne des dons s’élève à 27 dollars. Bernie Sanders, qui promet d’ailleurs de rendre ses déclarations d’impôt publiques, mise sur la transparence à 100%: il s’est engagé à refuser l’argent de grandes entreprises.

Son équipe de campagne est très active. Dans sa newsletter de vendredi, elle incitait par exemple à faire un don en réaction aux récentes attaques du vice-président, Mike Pence: «Pouvez-vous faire un don de 3 dollars à notre campagne pour envoyer un message à Mike Pence et à la classe des milliardaires pour leur dire que vous allez mener la lutte pour un gouvernement qui travaille pour nous tous, et pas seulement pour 1% du pays?»

Pendant que des t-shirts «Feel the Bern» et des pin’s à l’effigie du candidat indépendant se vendaient en marge du rally de Brooklyn, Donald Trump était lui aussi en campagne, présent à Washington au rendez-vous annuel des conservateurs, la Conservative Political Action Conference. Lors d’un discours de plus de deux heures, il ne s’est pas privé de dénoncer le «penchant socialiste» des démocrates, opposant même le «rêve américain» au «cauchemar socialiste». Le président s’en est indirectement pris à Bernie Sanders, soulignant qu’une couverture santé universelle, revendiquée par d’autres candidats démocrates également, provoquerait «des hausses d’impôts colossales».

Le progressiste Sanders est érigé en modèle par une frange de nouveaux élus démocrates qui incarnent l’aile gauche du parti. La très médiatique New-Yorkaise Alexandria Ocasio-Cortez, la benjamine du Congrès, en fait partie. Elle a d’ailleurs travaillé dans l’équipe de campagne de Sanders en 2016. L’équipe 2020 du candidat sera encore plus multiculturelle. Mais Bernie Sanders semble déjà avoir quelques petits problèmes d’ajustement au niveau de sa communication, souligne le New York Times. Cette semaine, trois de ses communicants ont claqué la porte. Le sénateur et sa femme avaient jugé la vidéo de campagne pas assez authentique. Et ont préféré en faire une nouvelle. A leur manière. C’est ça aussi, le style Sanders.

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