Acculé, Bernie Sanders n’avait d’autre choix que de renoncer. Après ses mauvais résultats lors des récentes primaires en Arizona, en Floride et dans l’Illinois, et la probable nouvelle victoire de Joe Biden dans le Wisconsin, qui a voté mardi dans un contexte des plus chaotiques, le sénateur «socialiste» a dû se faire une raison: il ne parviendra plus à rattraper son adversaire centriste et doit mettre fin à sa course à la Maison-Blanche. L’homme qui affrontera Donald Trump le 3 novembre pour devenir président des Etats-Unis sera donc bien Joe Biden.

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«Evaluer ses chances»

Bernie Sanders, 78 ans, doit avaler sa défaite après avoir dû renoncer aux traditionnels meetings de campagne en raison de la progression du coronavirus. Le cœur n’y était plus vraiment. Même le débat télévisé du 15 mars, qui l’opposait à Joe Biden, a dû se dérouler dans un contexte particulier: pas de public, un éloignement important entre les deux candidats et aucune main serrée. Au lendemain du Super Tuesday déjà, où 14 Etats ont voté, la pression augmentait sur Bernie Sanders pour qu’il abandonne. Mais l’homme, qui n’est pas du genre à renoncer, a voulu faire deux derniers tours de piste. Peut-être les tours de trop.

Le 18 mars, au lendemain des primaires dans trois Etats, son équipe de campagne annonçait qu’il allait «évaluer», avec ses partisans, ses chances d’être intronisé candidat officiel du Parti démocrate. Une simple déclaration qui n’a donné place à aucun doute. D’ailleurs, Advertising Analytics, qui s’intéresse aux campagnes de candidats, relevait que plus aucun spot publicitaire du camp Sanders n’était diffusé depuis sur internet. Bernie Sanders n’a pourtant pas de problèmes financiers: il a su réaliser d’extraordinaires levées de fonds par rapport à ses adversaires. Mais voilà: plus personne n’y croyait. Donald Trump s’est lui aussi empressé de tweeter que la campagne de Bernie Sanders était terminée. Touchée, coulée.

Mais Bernie Sanders, qui est du genre tenace, a encore voulu attendre. Mardi soir, les primaires dans le Wisconsin ont eu lieu alors même que le gouverneur de l’Etat, un démocrate, voulait les reporter au 9 juin à cause du coronavirus. La Cour suprême du Wisconsin ayant désavoué le gouverneur, des milliers d’électeurs de cet Etat du Midwest ont dû se rendre aux urnes masqués, sous la pluie, en respectant les consignes de distanciation sociale. Seuls cinq bureaux de vote étaient ouverts à Milwaukee. Les résultats ne seront connus que le 13 avril. Mais l’équipe de Bernie Sanders a compris que le candidat était en passe d’enregistrer une nouvelle défaite.

Une décision «scandaleuse»

Tant Bernie Sanders que Joe Biden ont fustigé les républicains qui ont tenu à organiser le scrutin malgré les circonstances exceptionnelles. Pour le candidat socialiste, la décision, «scandaleuse», «risque bien de se révéler mortelle».

Sur 24 scrutins, Joe Bien en a gagné 19, après un début de campagne pourtant poussif. Il a déjà récolté plus de la moitié des 1991 délégués nécessaires pour devenir le candidat officiel du parti, un choix qui devait normalement être confirmé à la convention nationale du parti de juillet, désormais repoussée à août. Joe Biden a clairement les faveurs de la majorité démocrate: son profil de centriste fait de lui le candidat le plus armé pour glaner des voix du côté des républicains déçus du trumpisme, et pour lesquels Bernie Sanders et ses idées de gauche font figure d’épouvantail.

«La campagne se termine, la lutte continue», a souligné mercredi le sénateur indépendant dans un communiqué. Lors d'une allocution télévisée, il a ensuite expliqué sa décision: «Alors que je vois la crise qui frappe la nation, exacerbée par un président qui ne veut pas ou ne peut pas fournir un leadership crédible, et le travail qui doit être fait... Je ne peux pas en bonne conscience continuer à mener une campagne qui ne peut pas gagner.»

En 2016 déjà, il avait dû capituler, face à Hillary Clinton. Fidèle à ses idées depuis 40 ans, Bernie Sanders militait notamment en faveur d’une couverture santé universelle et d’une imposition plus lourde des super-riches. C’est grâce à lui qu’une nouvelle génération de démocrates très à gauche, dont la New-Yorkaise Alexandria Ocasio-Cortez, la benjamine du Congrès, a percé, avec pour effet collatéral de diviser encore plus le Parti démocrate. Candidat le plus âgé, il était paradoxalement celui de la jeunesse.

Bernie Sanders donnera encore de la voix. Mais pour épauler son «ami» Joe, un «homme très respectable». Il a toutefois décidé, tout en abandonnant sa campagne, de rester en lice lors des prochaines primaires, avec un but précis: accumuler plus de délégués, pour tenter d'influencer le programme du parti avec ses idées progressistes. Bernie Sanders est un homme qui ne lâche rien.