Ce n'est plus un combat des chefs, c'est une mêlée générale. Avec Ségolène Royal, qui vient de réaffirmer son ambition de prendre la tête du Parti socialiste, et Bertrand Delanoë, qui affiche désormais la sienne, près d'une dizaine de dirigeants se disputent le leadership du PS, ou s'imaginent déjà le représenter à l'élection présidentielle de 2012.

Avivée par l'élection d'un nouveau premier secrétaire, en novembre, la bataille se mène à coups de textes doctrinaux, de déjeuners entre clans, de phrases perfides glissées dans la presse. S'y ajoute la perspective d'un règlement de comptes longtemps différé entre l'aile réformiste et la gauche du PS (lire ci-dessous).

Cette semaine, la grande affaire a été la montée en puissance de Bertrand Delanoë. Jeudi, devant quelques journalistes, le maire de Paris a présenté son livre De l'audace!, paru chez Robert Laffont. Tout en affirmant qu'il n'est encore «candidat à rien», il se dit prêt à assumer «à fond» une «autre responsabilité» que celle d'élu municipal.

«Je ne me réveille pas la nuit en me disant «premier secrétaire, qu'est-ce que ça serait bien», ou «président, qu'est-ce que ça serait bien», précise-t-il. Cela ne l'empêche pas de se juger «relativement populaire» ou de persifler lorsqu'il parle de «Ségolène»: «Je ne sais pas si son dernier livre [ndlr: Ma plus belle histoire, c'est vous, paru en décembre 2007] a été fondateur d'une future orientation de la gauche française», relève-t-il sur un ton faussement ingénu.

Mais Bertrand Delanoë reste d'une prudence de Sioux. Selon Laurent Joffrin, directeur de Libération et coauteur de son livre, «il veut y aller, mais s'il sent qu'il n'a pas de majorité, il n'ira pas. Les militants socialistes se décideront comme des électeurs, à l'issue d'une campagne interne qui n'a pas encore eu lieu.»

Au sein du parti, les rapports de force sont d'une complexité inédite. Entre les partisans de Ségolène Royal et ceux de Bertrand Delanoë s'étend le vaste marécage de ceux qui ne veulent ni de l'une ni de l'autre. On y trouve des «éléphants» qui n'ont renoncé à rien (Dominique Strauss-Kahn, Laurent Fabius, voire l'actuel premier secrétaire François Hollande), des «quadras» ou «quinquas» ambitieux (Manuel Valls, Julien Dray, Pierre Moscovici...) et certains élus de grandes villes.

Les connaisseurs estiment que ce troisième camp pourrait, au final, imposer un candidat de compromis. Car les deux favoris actuels présentent d'évidentes faiblesses. Depuis sa défaite à la présidentielle, Ségolène Royal n'a guère renouvelé son discours et plusieurs fidèles, comme Arnaud Montebourg, l'ont abandonnée. «Il est très difficile pour elle de l'emporter, juge Manuel Valls, un social-libéral décomplexé qui l'avait soutenue en 2007. On ne voit pas bien sa ligne politique. Et elle ne doit pas être très contente de voir émerger d'autres figures qui peuvent prétendre incarner la rénovation.»

Bertrand Delanoë n'est pas épargné. On le juge trop dandy, trop parisien, peu en phase avec l'électeur de la France profonde. Sous un vernis de modernité lié à sa politique municipale (Paris-plage, vélos en libre service), certains le trouvent peu audacieux. Son récent appel «Pour un grand congrès socialiste» n'est «quand même pas d'une richesse extraordinaire», critique le maire de Lyon, Gérard Collomb.

Malgré leur récente victoire aux municipales, les socialistes sont inquiets. «Nous considérons que le PS est en danger», expliquait mercredi l'élu marseillais Jean-Noël Guérini. Si le parti demeure paralysé par les querelles d'ego et l'absence de ligne idéologique claire, la question de sa survie se posera, estiment plusieurs responsables.

Il y a un an, après son élection, Nicolas Sarkozy avait prédit que le PS resterait trop faible pour gagner, mais trop fort pour se rénover. De même, selon lui, Ségolène Royal aurait fait un score trop élevé à la présidentielle (47%) pour être écartée, mais trop bas pour s'imposer comme la dirigeante incontestée du parti. Les prochains mois diront si cette malédiction a quelque chance de se réaliser.