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Beto O’Rourke, la bête de scène démocrate qui attaque Ted Cruz au Texas

Candidat au Sénat, le démocrate défie avec panache le républicain Ted Cruz dans l’Etat conservateur du Texas. Même si ses chances de victoire restent minces, il est devenu le phénomène de ces élections de mi-mandat

Beto O’Rourke sait y faire. Le démocrate a un physique de gendre idéal, avec une coupe de cheveux à la JFK, la raie de côté et des mèches folles balayant son front, mais ces derniers jours, son passé de punk-rocker semble ressurgir. Le démocrate combat avec panache le républicain Ted Cruz pour un siège au Sénat, dans l’Etat conservateur du Texas. Il gesticule, harangue la foule et redouble d’agressivité envers son coriace adversaire. C’est le phénomène de ces élections du «Midterm», qui se dérouleront le 6 novembre. La star du moment de la politique américaine.

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Accusé de cambriolage

Alors qu’il était encore au coude-à-coude avec Ted Cruz ces dernières semaines, affolant les sondages, les récents polls le donnent désormais plus clairement perdant. L’écart se creuse. Alors Beto O’Rourke devient plus pugnace. Il traite Ted Cruz de «menteur». Ou du moins rappelle que c’est ainsi que Donald Trump l’a qualifié à plusieurs reprises.

«Beto» O’Rourke – ses vrais prénoms sont Robert et Francis – a 46 ans. Natif de la ville frontière d’El Paso, il siège à la Chambre des représentants depuis 2013. Adolescent, «Beto» a formé un groupe de punk rock, Foss, avec des amis. Il a été accusé de cambriolage en 1995 pour avoir franchi la clôture de l’Université du Texas à El Paso. Les charges ont finalement été abandonnées contre lui. Mais trois ans plus tard, Beto O’Rourke a de nouveau affaire à la police. Cette fois, pour conduite en état d’ébriété. Il ne sera pas non plus condamné. Ses adversaires politiques ressortent régulièrement ces épisodes pour chercher à lui nuire.

Progressiste, homme de terrain, O’Rourke a comme thèmes de prédilection l’immigration et la guerre contre la drogue

Il a vécu plusieurs années à New York avant de retourner vivre à El Paso, en 1998, où il a notamment fondé une société active dans le développement de logiciels et de sites internet, Stanton Street Technology. En 2001, son père, un juge démocrate devenu républicain en 1996 pour briguer, sans succès, un siège au Congrès, meurt dans un accident de la circulation. Quatre ans plus tard, «Beto» devient conseiller municipal à El Paso, jusqu’à son élection, en 2012, à la Chambre des représentants.

Plus de 38 millions de dollars

Pour sa course au Sénat, il est parvenu, en trois mois, à récolter plus de 38 millions de dollars. Du jamais vu lors d’élections sénatoriales. Un montant bien plus important que les fonds rassemblés par Ted Cruz, candidat malheureux à la primaire républicaine de 2016 contre Donald Trump, pendant la même période. Le démocrate a pourtant refusé l’argent des comités d’action politique, les fameux PACs. «Beto» ne cesse de le répéter avec fierté: aucun sou ne vient de riches entrepreneurs ou de lobbys.

Progressiste, homme de terrain, le charismatique candidat a comme thèmes de prédilection l’immigration et la guerre contre la drogue – il a rédigé un livre sur la légalisation de la marijuana en 2011. Il milite pour un contrôle plus strict des armes à feu, lui qui habite à quelques centaines de mètres de la ville mexicaine de Ciudad Juarez, longtemps réputée pour son hallucinant taux d’homicides et ses cartels. Il défend aussi un système de santé universel. En août, il n’a pas hésité à s’immiscer dans la polémique autour des joueurs de la NFL refusant de se lever pour l’hymne national. La vidéo de son plaidoyer en faveur des joueurs a fait un buzz sur internet. Elle a été visionnée des millions de fois.

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Beto O’Rourke met toutes les chances de son côté, en se rendant dans les 254 comtés du Texas, peu importe qu’il soit amené à s’exprimer devant de larges foules ou des petits groupes de personnes. Il a l’enthousiasme communicatif, la passion du débat, et son style plaît aux jeunes. Il parle avec les mains, cherche en permanence à convaincre, s’habille de façon décontractée. Sa figure élancée, son énergie et son sens aigu de la communication évoquent un certain Barack Obama.

La plupart des grandes villes texanes sont démocrates, donc c’est surtout dans les régions rurales qu’il doit se montrer, prêt à en découdre avec les trumpistes les plus fervents. Il sait qu’il doit séduire les hispaniques. Et mise sur son côté «cool» et accessible pour attirer les jeunes, allant jusqu’à se montrer en train de faire du skateboard sur un parking d’un fast-food. Beto O’Rourke s’est aussi produit avec le chanteur de country Willie Nelson, venu faire campagne pour lui.

Le Texas n’a pas eu de sénateur démocrate depuis 1988

Conscient qu’il doit grappiller des voix du côté des républicains, le candidat veille à donner dans le registre «rassembleur». Il aurait d’ailleurs les faveurs de femmes blanches évangéliques, déchirées par l’attitude de Trump et ses fidèles à propos des enfants de migrants séparés de leurs parents.

«Beto» fait encore peur

Il était censé croiser le fer à trois reprises avec Ted Cruz. Mais le républicain a renoncé à la troisième rencontre, prévue le 18 octobre. «Beto» s’est rendu à la soirée organisée par CNN dans la ville de McAllen, seul. Il en a profité pour défendre calmement son surnom mexicain – Ted Cruz l’accuse de vouloir tromper l’électorat hispanique. Il a aussi laissé entendre qu’il ne se lancerait pas dans la présidentielle de 2020 avec de jeunes enfants. Et fait savoir qu’il voterait, s’il en avait le pouvoir, en faveur de la destitution de Donald Trump. Même s’il clame ne pas faire une campagne «anti-Trump», il s’est opposé frontalement à de récentes décisions émanant du président, comme la séparation des familles à la frontière mexicaine.

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Ce lundi, Donald Trump vient à Houston apporter son soutien à Ted Cruz. Alors même que les deux hommes n’entretiennent pas de relations franchement cordiales. Voilà une preuve de plus que Beto O’Rourke, véritable bête de scène, fait encore un peu peur, même si les sondages ne lui sont plus favorables.

Ce duel sénatorial est indéniablement le duel le plus observé des «midterms». En raison de la personnalité et du pedigree des deux adversaires, et des sommes investies. Mais aussi parce qu’il rappelle que les démocrates, qui espèrent reconquérir ce bastion républicain depuis des années – le Texas n’a pas eu de sénateur démocrate depuis 1988 –, ne sont finalement pas loin d’y arriver. Ils pourraient même rêver mieux: un candidat pour la présidentielle de 2020. Beto O’Rourke a pour l’instant dit non. Il a même très clairement insisté sur le côté «définitif» de sa réponse lors du débat de McAllen. Son côté punk pourrait toutefois le faire changer d’avis.

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