Le Liban va-t-il entrer dans un nouveau cycle de violence? Jeudi, tous les Libanais attendaient la conférence de presse du secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, pour connaître les intentions du «parti de Dieu». La veille, sa formation avait lancé une «campagne de désobéissance» contre le gouvernement libanais, bloquant notamment la route de l'aéroport, pour protester contre les décisions lundi du chef du cabinet, Fouad Siniora, d'enquêter sur son réseau de télécommunications, illégal, et de limoger le chef de la sécurité de l'aéroport de Beyrouth, présenté comme un proche du mouvement chiite. Pendant vingt-quatre heures, les affrontements armés entre partisans de l'opposition et de la majorité s'étaient multipliés dans le pays. Dès la fin de son discours, les combats ont repris de plus belle dans l'ouest de la capitale, essentiellement musulman. Cinq personnes ont été tuées, selon une source hospitalière. Et hier soir, le bruit des tirs résonnait encore dans tout Beyrouth.

«Ces décisions sont une déclaration de guerre et un début de guerre lancée par le gouvernement [...] au profit des Etats-Unis et d'Israël», a martelé hier après-midi Hassan Nasrallah, dont l'apparition sur les écrans de télévision a été saluée par des salves de tirs dans les quartiers chiites de Beyrouth. Dans un discours de plus d'une heure, il a expliqué que son parti ne céderait pas, quoi qu'il en coûte. «Notre réponse à cette déclaration de guerre est notre droit à nous défendre, à défendre notre résistance, nos armes et notre existence», a-t-il expliqué. «Celui qui tirera sur nous, nous tirerons sur lui [...] même s'il s'agit de nos frères.» En d'autres termes, soit l'exécutif fait machine arrière, soit ce sera l'escalade.

C'est la première fois que le leader du Hezbollah, tout en insistant sur le fait que son parti ne veut pas de conflit interne mais juste se défendre face «aux ennemis sionistes», émet aussi clairement l'hypothèse d'utiliser ses armes à l'intérieur du pays. Si, depuis la fin de la guerre de juillet 2006 entre le Hezbollah et Israël, les relations étaient tendues entre le mouvement chiite, pilier de l'opposition libanaise, et la majorité parlementaire, conduite par le sunnite Saad Hariri, jusqu'à présent les uns et les autres avaient évité de se lancer dans des attaques trop frontales et avaient systématiquement calmé le jeu quand les tensions avaient basculé dans la violence. Aujourd'hui, le ton est différent, et surtout, la question qui fâche est directement au cœur du débat. «La résistance» pour les premiers. «L'état Hezbollah» pour les seconds.

Le «parti de Dieu», tout-puissant au sein de la communauté chiite, allié stratégique de la Syrie et l'Iran, est le seul parti libanais à disposer officiellement d'une milice, au nom de la résistance face à Israël. Au nom de cette résistance, il développe, selon ses adversaires, un «Etat dans l'Etat». Dans la banlieue sud de Beyrouth ou dans la Bekaa, à l'est du pays, le parti a ainsi créé des zones de sécurité pour assurer la protection de ses leaders et de ses infrastructures, placées sous son autorité exclusive. Il considère toute atteinte à «sa capacité de résister» comme un acte hostile.

Désormais, la majorité est face à deux options. Soit, pour tenter de faire retomber la pression sur le terrain, elle accepte de trouver un compromis dans le cadre fixé par le Hezbollah. Ce ne serait pas la première fois qu'elle reculerait. Elle avait notamment renoncé à élire un président à la majorité absolue en novembre dernier. Depuis, aucun accord n'ayant été trouvé entre les différents groupes politiques, le Liban est sans président. Soit elle décide de faire face au parti chiite mais prend le risque d'un cycle de violences dont l'issue est inconnue. Hier, le commandant en chef de l'armée, Michel Sleimane, a averti que «la poursuite de cette situation porte un coup à l'unité de l'armée». Dans la soirée, Saad Hariri a appelé Hassan Nasrallah à mettre fin au «siège» de Beyrouth.