International

Sur BFM TV, Tariq Ramadan dénonce le «traquenard» tendu par celles qui l’accusent de viol

Mis en examen pour viol et viol aggravé, et visé par une dernière plainte depuis août 2019, Tariq Ramadan s’exprimait ce vendredi pour la première fois depuis sa sortie de prison, en novembre 2018

La contre-offensive médiatique de Tariq Ramadan est lancée. Pour la première fois depuis sa sortie de prison le 16 novembre 2018, après avoir passé près de dix mois en détention, l’islamologue suisse s’exprimait ce vendredi 6 septembre sur le plateau de BFM TV, quelques jours avant la sortie de son livre Devoir de vérité qui sortira le 11 septembre (Ed. du Châtelet).

Une intervention durant laquelle ce dernier s’est surtout employé à démonter les accusations des deux plaignantes, Christelle et Henda Ayari, qui lui ont valu d’être mis en examen en février 2018 pour viol et viol aggravé. «Un tribunal populaire et médiatique m’a condamné […] Je n’ai aucune violence dans ma vie […] Je suis un homme de paix […] J’ai toujours défendu les femmes […] Je suis victime d’un traquenard», a plusieurs fois répété Tariq Ramadan, citant l’enquête policière qui, selon lui, démontre que ses accusatrices étaient en contact direct bien avant les actes qui lui sont reprochés.

Lire aussi: Tariq Ramadan, l'heure de la contre-offensive médiatique

Six femmes au total ont porté plainte contre lui, dont une dernière au mois de mai dernier. Un juge suisse devrait, à l’automne, venir l’entendre en France sur le dossier de la plaignante helvétique, dont Tariq Ramadan a donné le prénom (Sarah) et affirme qu’elle était aussi en contact avec ses autres accusatrices.

Lire également: La justice suisse ira auditionner Tariq Ramadan en France

«J’aurais dû dire la vérité»

Longuement interrogé par Jean-Jacques Bourdin sur la chaîne d’information continue, l’universitaire et prédicateur musulman – aujourd’hui frappé d’une interdiction de quitter le territoire français et d’une obligation de pointer au commissariat une fois par semaine – a reconnu avoir menti, en niant initialement ses relations sexuelles extraconjugales: «J’aurais dû dire la vérité. Mon mensonge se comprend par la nécessité de me protéger et de protéger ma famille. Mais je n’ai pas menti sur la réalité consentie des relations. Quand une femme me dit non, c’est non. Tout mon engagement personnel a été de m’opposer à la violence», a-t-il expliqué.

Son principal angle d’attaque: la manipulation. Les femmes qui l’accusent de viol (un crime passible d’une peine maximale de 20 ans de prison) étaient selon lui en relation constante – il cite plus de 600 SMS échangés – avec l’une de ses adversaires les plus connues, la journaliste française Caroline Fourest, auteure du livre Frère Tariq (Grasset). Il a également cité lors de son intervention télévisée le journaliste genevois Ian Hamel, auteur de plusieurs articles sur l’affaire, comme partie prenante de ce «traquenard».

Lire aussi: A Genève, l’enquête contre Tariq Ramadan piétine

Sur les faits qui lui sont reprochés, l’islamologue a tenté de démonter d’emblée les accusations portées contre lui par la dernière plaignante, qui l’accuse de l’avoir violé à l’hôtel Sofitel de Lyon le 23 mai 2014, affirmant qu’il se trouvait ce jour-là à Baltimore, aux Etats-Unis. Lors de ses interrogatoires, Tariq Ramadan a toutefois, dans le passé, avancé des dates de déplacement infirmées ensuite par l’enquête. Or le doute demeure, selon l’avocat de la plaignante, sur la date de la conférence américaine en question…

«La loi française est ma charia»

Sur son comportement personnel tout au long de sa carrière d’intellectuel et d’universitaire, Tariq Ramadan a nié avoir eu, ou recherché, une quelconque «emprise». Citant les accusations de harcèlement sexuel ayant visé deux personnalités françaises, l’ancien ministre Nicolas Hulot et l’actuel ministre des Comptes publics Gérald Darmanin – qui n’ont pas donné lieu à des poursuites judiciaires –, l’intéressé a affirmé qu’il avait été, lui, traité injustement en coupable: «Tout ce que j’ai pu faire avec une femme l’a été dans le consentement […] J’ai été en contradiction avec mes principes. J’ai fait mon examen de conscience. Je présente mes excuses à ceux que j’ai déçus. J’ai des excuses à faire à ma famille, à Dieu, à la communauté musulmane […] J’ai été ainsi traité parce que je suis une voix qui compte…» Des propos complétés par une réaffirmation de son respect des lois républicaines face aux règles de l’islam: «Quand je suis en France, la charia [la loi islamique] est pour moi la justice. La loi française est ma charia», a-t-il poursuivi.

Face à ses accusatrices, l’universitaire et ex-professeur à Oxford a promis de se battre, comparant son histoire à l’affaire Dreyfus qui avait divisé la France à la fin du XIXe siècle. «Quand la France de 1897 était contre Dreyfus, elle avait tort […] Mon pardon sera donné quand justice sera faite […] Je serai capable de pardonner quand ces femmes auront payé leur dette de justice […] Je ne serai pas condamné à 20 ans de prison.»

Lire: Réactions outrées et outrancières après la libération de Tariq Ramadan

Publicité