La crise politique belge a repris le dessus. Premier ministre depuis la fin de mars, le leader chrétien-démocrate flamand Yves Leterme s'est retrouvé jeudi aux prises avec les «ultras» de son parti (le CDV), hostiles au bilinguisme dans la périphérie de Bruxelles.

En novembre 2007, une majorité d'élus flamands avaient voté en commission parlementaire l'éclatement du district de Bruxelles-Hal-Vilvorde (ou BHV) qui comporte, autour de la capitale belge, 35 - sur 65 - communes «à facilités» situées en Flandre, mais offrant à leurs résidents francophones la possibilité de voter pour des candidats de langue française, et de recevoir leurs papiers administratifs en français. Cette fois, les députés flamands sont allés plus loin en exigeant un vote plénier. En début de soirée, l'issue demeurait incertaine.

L'importance de Bruxelles-Hal-Vilvorde est cruciale dans le débat belge. Après six mois de paralysie consécutive au blocage engendré par les élections de juin 2007, remportées haut la main par le radical Yves Leterme, le royaume était sorti de la crise grâce à une «grande coalition» dirigée par l'ancien premier ministre Guy Verhofstadt. Lequel s'était ensuite effacé devant Yves Leterme, dont l'objectif prioritaire reste d'accentuer la décentralisation.

Enclave, corridor

Une Commission des sages a pour cela été constituée. Un premier train de mesures accroissant les compétences des régions a même été adopté. Mais le prochain «paquet», prévu pour juillet, est tout sauf acquis: «BHV est une bombe à retardement, prédit un journaliste. Si elle explose, les francophones s'estimeront attaqués. La coalition sera morte.»

En cas d'éclatement, le district de Bruxelles-Hal-Vilvorde accoucherait de deux arrondissements: celui bilingue de Bruxelles et Hal-Vilvorde-Louvain, rattaché à la Flandre et néerlandophone. La capitale se trouverait alors enclavée en territoire flamand, et sa population à 90% francophone perdrait son lien avec la Wallonie. «BHV est un diamant brut, estime le juriste Christian Behrendt, car il atténue le caractère définitif de la frontière linguistique.»

Beaucoup craignent en effet que l'éclatement de BHV n'ouvre les portes à celui du pays. Pour l'éviter, les francophones pourraient exiger qu'une des communes à facilités, Rhode-Saint-Genèse, constitue un corridor entre la région de Bruxelles-Capitale et la Wallonie.