La scène est surréaliste. Lundi, Donald Trump s'est rendu à pied à l'église Saint John à quelques pas de la Maison-Blanche (Washington), pour y brandir une Bible. Quelques minutes plus tôt, il avait menacé d'ordonner le déploiement de «milliers de policiers et de soldats lourdement armés» dans la capitale fédérale, en s'exprimant depuis les jardins de la Maison-Blanche. Les débordements de la veille, dans Washington et dans l'ensemble du pays, étaient une «honte», a-t-il tonné, après avoir vivement attaqué les gouverneurs et maires incapables de contenir les manifestations. 

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Un «terrorisme intérieur»

Critiqué pour son manque de réaction après la mort de George Floyd, asphyxié sous le genou d'un policier blanc, Donald Trump n'a visiblement toujours pas l'intention de s'ériger en président rassembleur. Sa réponse: l'usage de la force et la menace. Alors que la colère grandit et fait tache d'huile dans un nombre toujours plus important de villes américaines, avec des couvre-feux à la clé, le président parle de «terrorisme intérieur». Il avait déjà indiqué plus tôt vouloir considérer les «antifas» comme des terroristes, alors même que des suprémacistes se seraient également infiltrés dans certaines émeutes pour provoquer le chaos. «Si une ville ou un Etat refuse de prendre les décisions nécessaires pour défendre la vie et les biens de ses résidents, je déploierai l'armée américaine pour régler rapidement le problème à leur place», a-t-il souligné.

Le président s'attaque aux émeutes, mais pas au fond du problème: la réalité des brutalités policières à l'égard des Noirs et le fait que les Afro-américains souffrent de discriminations et sont souvent économiquement plus défavorisés. Lundi, alors même que le président s'exprimait, des protestations ont eu lieu à quelques mètres de la Maison-Blanche, poussant les forces de l'ordre à recourir à des gaz lacrymogènes. Mais selon les médias présents, les manifestations étaient pacifiques. Avant que Donald Trump se rende à l'église, pour brandir sa Bible devant des portes scellées par des grandes planches de bois - l'église avait subi des dégâts la veille -, dans une opération de communication parfaitement huilée, les réservistes de la Garde nationale et son Secret Service s'étaient en fait assurés de bloquer les rues nécessaires. A coup de gaz lacrymogènes pour disperser les manifestants. 

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Donald Trump n'a probablement pas apprécié un article du New York Times, soulignant qu'il avait été déplacé dans un bunker sécurisé vendredi soir pendant près d'une heure. La Maison-Blanche, sous haute sécurité, a par ailleurs été plongée dans l'obscurité dimanche soir, sans lumières extérieures. Un symbole fort.