Le gouvernement kirghize a durci le ton mercredi. Une manifestation a été dispersée sans ménagement à Bichkek et les autorités ont agité la menace d'un recours à la force contre l'opposition qui a pris le contrôle du sud du pays. La présidence a annoncé le limogeage par le chef de l'Etat, Askar Akaïev, du ministre de l'Intérieur et du procureur général, et la nomination à ces postes respectifs de deux proches du président. Les autorités défendront par tous les moyens légaux l'ordre constitutionnel, y compris si nécessaire «par les armes», a prévenu le nouveau ministre de l'Intérieur, Kenechbek Diouchebaïev. Il a promis des poursuites contre les opposants.

Pour la première fois mercredi, une manifestation de quelque 300 personnes qui s'étaient rassemblées dans le centre de Bichkek avec l'intention de marcher vers le siège de la présidence, a été dispersée sans ménagement par de nombreux policiers anti-émeutes. Selon les témoins, une vingtaine de personnes auraient été interpellées.

Les autorités installaient des barrages sur l'unique route reliant le sud au nord du pays, pour éviter l'afflux de partisans de l'opposition dans la capitale. C'est précisément ce que prépare l'opposition, qui contrôle plusieurs districts du sud et de l'ouest du pays. Celle-ci veut faire pression sur le pouvoir pour obtenir l'annulation des résultats des législatives de février-mars et la démission du président Akaïev.

Le président Akaïev, au pouvoir depuis 1990, a exclu dès mardi des négociations. Une source gouvernementale a toutefois indiqué que des négociations devraient s'engager ce jeudi avec l'opposition, en présence du premier ministre russe, Nikolaï Tanaïev, et d'un émissaire de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) à Och, un des hauts lieux de la contestation.

La Russie est sortie de sa réserve mercredi. Le ministre de la Défense, Sergueï Ivanov, a rappelé que le Kirghizistan était un «partenaire» de Moscou dans le cadre d'un Traité de sécurité collective signé en 1992, et a mis en garde la «prétendue opposition» kirghize.