L’essentiel

La Russie a annoncé qu’elle allait mener samedi, sous la supervision de Vladimir Poutine, des manœuvres de ses forces stratégiques, avec des tirs de missiles balistiques et de croisière.

Depuis jeudi, l’Ukraine et les séparatistes pro-russes font état de plusieurs bombardements, s’accusant mutuellement de violer le cessez-le-feu. Selon les Etats-Unis, la Russie chercherait un incident prétexte pour lancer son offensive.

La Russie et les séparatistes du Donbass affirment que l’Ukraine s’apprête à reconquérir les territoires de Donetsk et Lougansk, et y commettre un génocide.

Lire aussi: L’Ukraine dans les affres de la cyberguerre

Une analyse de la position britannique: L’Ukraine, une «chance» pour Londres

■ Le président américain se dit «convaincu» que la Russie a décidé d’attaquer l’Ukraine

Dans un discours vendredi soir, Joe Biden s'est dit «convaincu» d'une attaque imminente de la Russie contre l'Ukraine. «Je suis convaincu qu’il [Vladimir Poutine] a pris la décision. Nous avons des raisons de le penser», a déclaré le président américain dans une allocution depuis la Maison Blanche. Comme plusieurs responsables américains plus tôt dans la journée, il a accusé accuse la Russie de créer «une fausse justification» pour une guerre contre l’Ukraine.

Le président américain a cependant confirmé que la rencontre entre Antony Blinken et Sergueï Lavrov prévue en Europe ce jeudi était maintenue. Tant qu’une invasion ne s’est pas produite, «la diplomatie est toujours une possibilité» a-t-il ajouté. Joe Biden a rejeté la responsabilité d'une rupture des relations diplomatiques et d'une guerre sur la Russie. Il a aussi estimé qu'il ne serait «peut-être» pas «sage» pour le président ukrainien Volodymyr Zelensky de quitter l’Ukraine actuellement.

■ Les vidéos annonçant l’évacuation des civils auraient été tournées il y a deux jours

Les dirigeants des régions ukrainiennes pro-russes séparatistes ont annoncé dans des vidéos postées sur Telegram l’évacuation des civils vers la Russie ce vendredi. Mais selon plusieurs internautes, les métadonnées de ces vidéos montreraient qu’elles ont été enregistrées le 16 février. Un détail qui renforce la thèse selon laquelle des événements sont organisés et prémédités pour donner une raison à la Russie d’intervenir.

■ Une explosion est signalée à Lougansk

Alors que l’intervention de Joe Biden, prévue à 22h, se faisait toujours attendre, Sputnik, l’agence de presse contrôlée par le gouvernement russe faisait état d’une explosion d’origine inconnue à Lougansk vers 22h45.

■ Pour les Américains, la Russie est responsable des dernières cyberattaques visant l’Ukraine

Les Etats-Unis ont accusé vendredi la Russie d’être «responsable» des dernières cyberattaques ayant visé mardi plusieurs sites internet militaires officiels ukrainiens et deux banques publiques, des attaques pour lesquelles le Kremlin avait nié toute responsabilité.

Les autorités américaines se sont aussi dit prêtes en cas d’utilisation par la Russie des ressources en énergie comme levier de pression, alors que Washington affirme que le gazoduc Nord Stream 2 n’entrera pas en activité si Moscou venait à attaquer l’Ukraine.

■ Les Pays-Bas envoient des équipements militaires en Ukraine

Le ministre néerlandais des Affaires étrangères Wopke Hoekstra a annoncé que les Pays-Bas allaient envoyer à l’Ukraine des équipements militaires, dont des fusils de précision et des casques, pour l’aider à se défendre en cas d’attaque russe, a annoncé vendredi. Les seules armes mortelles prévues dans cet envoi sont 100 fusils de précision, accompagnés de 30 000 munitions, a-t-il précisé. 3 000 casques et 2 000 gilets pare-balles «pour la protection personnelle des parties vitales du corps» sont également compris.

Les Pays-Bas livreront ensuite 30 détecteurs de métaux, deux robots pour détecter les mines navales, deux radars de surveillance du champ de bataille et cinq radars de repérage d’armes devant aider les soldats à déterminer la provenance des tirs. En janvier, l’Allemagne avait souligné qu’elle n’enverrait pas d’armes à l’Ukraine et offert à la place 5 000 casques militaires, une décision qui avait été qualifiée de «blague absolue» par le maire de Kiev Vitali Klitschko.

■ Evacuations au Donbass, les Etats-Unis dénoncent une manœuvre «cynique»

Le gouvernement américain a qualifié vendredi de manœuvre «cynique» l’annonce de l’évacuation vers la Russie de civils de l’Est de l’Ukraine, y voyant les préparatifs d’une attaque militaire de Moscou.

«Il est cynique et cruel d’utiliser des êtres humains comme pions en vue de détourner l’attention du monde du fait que la Russie renforce ses troupes en vue d’une attaque», a déclaré un porte-parole du Département d’Etat américain en marge de la Conférence sur la Sécurité de Munich. «De telles annonces constituent de nouvelles tentatives de masquer, par le biais de mensonges et de désinformation, le fait que la Russie est l’agresseur dans ce conflit», a-t-il ajouté.

■ La Russie verse de l’argent aux personnes évacuées du Donbass

Le président russe a ordonné le versement de 10 000 roubles (environ 114 euros) à chaque personne partant des zones de Lougansk et Donetsk. Les chaînes de télévision russes ont diffusé des images d’évacuations d’enfants rassemblés dans la cour de leur orphelinat. Après avoir annoncé l’exfiltration de civils, le dirigeant de la république autoproclamée séparatiste de Lougansk, Léonid Passetchnik, a appelé «tous les hommes capables de tenir une arme à défendre leur patrie».

■ Joe Biden va s’exprimer sur la crise avec la Russie à 22h

Le président des Etats-Unis Joe Biden va s’exprimer de nouveau sur la crise avec la Russie autour de l’Ukraine ce vendredi à 16h (22h en Suisse), alors que les tensions sont à leur comble, a annoncé la Maison Blanche. Il fera le point devant les caméras sur les «efforts» diplomatiques et sur «le déploiement de troupes militaires par la Russie à la frontière avec l’Ukraine». Ce vendredi, un responsable américain a estimé que la Russie disposait désormais de 190 000 hommes aux abords de l’Ukraine, en comptant les forces séparatistes. Jusqu’à présent le chiffre admis était de 150 000.

■ Kamala Harris assure le soutien américain aux pays baltes

L’engagement des Etats-Unis à protéger leurs alliés de l’Otan est «inébranlable», a assuré vendredi la vice-présidente des Etats-Unis Kamala Harris lors d’un entretien avec des dirigeants des pays baltes. «Je reconnais les menaces», a-t-elle déclaré à propos des tensions autour de l’Ukraine. La Lituanie, l’Estonie, et la Lettonie mettent régulièrement en garde contre tout compromis avec la Russie

«Nous sommes à vos côtés sur cette question et sur bien d’autres», a-t-elle assuré à ses interlocuteurs, en marge de la Conférence sur la sécurité de Munich. Parmi les exigences sécuritaires présentées aux Occidentaux ces dernières semaines, Moscou demande un retrait des forces américaines d’Europe centrale et orientale et des Etats baltes.

■ Vladimir Poutine constate l’«aggravation de la situation» dans l’est de l’Ukraine

Après des entretiens à Moscou avec son homologue biélorusse et allié Alexandre Loukachenko, le président russe Vladimir Poutine a constaté vendredi la dégradation de la situation dans l’est de l’Ukraine en guerre. Il a de nouveau accusé l’Ukraine de refuser de mettre en œuvre le plan de paix issu des accords de Minsk de 2015.

«Tout ce que Kiev a à faire, c’est de se mettre à la table des négociations avec les représentants (des séparatistes) du Donbass et de s’entendre sur des mesures politiques, militaires et humanitaires pour mettre fin au conflit», a-t-il dit. Américains et Britanniques ont accusé Moscou de vouloir créer un prétexte dans les territoires contrôlés par les séparatistes pour envahir l’Ukraine.

■ Les Etats-Unis dénoncent des provocations russes

Devant la Conférence sur la sécurité de Munich, Antony Blinken a dénoncé vendredi dans la récente flambée de heurts dans l’Est ukrainien «un scénario» de «provocations» conçu par les Russes en vue de justifier une attaque de l’Ukraine. Les événements des «dernières 24/48 heures» font «partie d’un scénario déjà en place, qui consiste à créer de fausses provocations, puis à répondre à ces provocations et enfin à commettre une nouvelle agression contre l’Ukraine», a accusé le chef de la diplomatie américaine.

Pour sa part l’Allemagne s’est dite prête à prendre des sanctions économiques fortes contre la Russie, y compris concernant Nord Stream 2, le gazoduc reliant l’Allemagne à la Russie. Jusqu’à présent le pays donnait l’impression d’être «conciliant» sur le dossier ukrainien, mais ce vendredi, Annalena Baerbock, la ministre allemande des Affaires étrangères, s’est montrée ferme. Depuis Bruxelles, Emmanuel Macron a appelé à la «cessation des actes militaires» qui «se sont multipliés» dans l’Est de l’Ukraine où «la pression militaire russe ne faiblit pas».

■ Lougansk annonce également l’évacuation des civils

La seconde région séparatistes a emboîté le pas à Donetsk. Le dirigeant de Lougansk dans l’Est de l’Ukraine a annoncé vendredi l’évacuation de civils vers la Russie voisine, emboîtant le pas à son voisin de Donetsk et accusant Kiev de préparer leur invasion.

«Afin d’éviter des victimes parmi les civils, j’appelle les habitants de la république […] à partir dans les délais les plus brefs vers le territoire de la Fédération de Russie», a dit Léonid Passetchnik, dans un communiqué diffusé par les médias locaux.

■ Une évacuation annoncée sur Telegram

Le dirigeant de la «république» séparatiste pro-russe de Donetsk, en guerre contre l’Ukraine, a annoncé vendredi l’évacuation de civils vers la Russie voisine, accusant Kiev de préparer une invasion après une flambée des heurts. «Aujourd’hui, un départ massif et centralisé de la population est organisé vers la Fédération de Russie, en premier lieu, les femmes, les enfants et les personnes âgées doivent être évacués», a déclaré Denis Pouchiline dans une adresse vidéo publiée sur son compte Telegram.

Selon lui, le président ukrainien Volodymyr Zelensky s’apprêterait à ordonner une offensive contre les enclaves séparatistes de Donetsk et Lougansk. Pour certains observateurs, cette communication s’inscrit dans un discours sur la reconquête de ces régions qui justifierait les actions russes.

Selon le journaliste Paul Gogo présent sur place, une sirène dont la signification reste inconnue a retenti à Donetsk en milieu d’après-midi.

■ Des accusations réciproques de bombardements

L’armée ukrainienne et les séparatistes prorusses se sont mutuellement accusés vendredi de nouveaux bombardements dans l’Est du pays, en proie depuis la veille à une flambée de violences sur fond de crainte d’une attaque de Moscou. Les autorités ukrainiennes ont fait état de 20 violations du cessez-le-feu par les séparatistes pendant la nuit, tandis que les rebelles prorusses ont rapporté 27 tirs de l’armée ukrainienne.

Américains et Britanniques ont accusé Moscou de vouloir créer un prétexte dans les territoires contrôlés par les séparatistes pour envahir l’Ukraine aux frontières de laquelle quelque 150 000 troupes ont été déployées.