La manière forte a échoué. Confronté à un retour de bâton, le régime du président Alexandre Loukachenko, en place à la tête de la Biélorussie depuis 26 ans, marque une pause dans la phase aiguë de répression qui durait depuis le scrutin présidentiel du 9 août. Défiant l’atmosphère de peur, un large cortège pacifique a défilé vendredi dans le centre de la capitale Minsk. Une manifestation composée de femmes en habits blancs et d’ouvriers de grandes usines, ceux-là mêmes qui constituaient l’électorat de base du désormais impopulaire chef d’État. Symbolisant la résistance passive, des jeunes femmes ont serré tour à tour dans leur bras un jeune soldat masqué d’une unité d’élite posté devant le parlement.

Le répit répressif intervient après une semaine de violences diurnes et nocturnes durant lesquelles la police a tiré avec des balles en caoutchouc sur des foules pacifiques, irritées par la manipulation électorale, et procédé à des arrestations extrêmement brutales dans tout le pays. Des dizaines d’incidents filmés montrent des camionnettes banalisées, d’où sortent soudain des policiers masqués frappant indistinctement toute personne à portée de matraque. Épisodes d’autant plus choquants que les victimes sont parfois des femmes, des personnes âgées et des mineurs. Ces images saturent les réseaux sociaux, pendant que l’imperturbable télévision d’État raconte une réalité alternative, où le pays démarre un radieux sixième mandat d’Alexandre Loukachenko.