La Biélorussie, ce héraut des droits de l’homme

L’histoire

L’opuscule fait un peu plus d’une centaine de pages, il est bilingue russe/anglais. Pour la deuxième année consécutive, la Biélorussie publie son rapport sur Les Violations les plus frappantes des droits de l’homme dans certains pays. A l’instar des rapports annuels du Département d’Etat américain ou du Commonwealth, disponibles sur leurs sites internet respectifs, le rapport biélorusse se trouve ces jours-ci en accès libre au Palais des Nations. Il a été stratégiquement déposé sur une table au fond de la salle XX où a débuté lundi la 24e session du Conseil des droits de l’homme (CDH). Il a pour ambition de traiter la question «sans confrontation et sans biais», affirme en préface Vladimir Makei, le ministre biélorusse des Affaires étrangères, qui n’hésite pas à égratigner ces «grands moralisateurs» oubliant de balayer devant leur porte. Ainsi de la Suisse, critiquée entre autres pour la montée du racisme et de l’intolérance dont elle est le terreau. L’épisode Oprah Winfrey – qui dénonçait l’été passé le fait d’avoir été maltraitée dans une boutique de luxe à Zurich – est cité à l’appui de la démonstration. Au-delà de cet exemple caricatural, les critiques portées par le document sont loin d’être toutes infondées. Le problème est qu’en n’épinglant qu’une vingtaine de pays, tous «occidentaux» – de l’Autriche aux Etats-Unis en passant par la Suisse – Minsk tombe dans le même biais de «sélectivité» que celui qu’il reproche obstinément au CDH, qui a voté des résolutions à son endroit trois années consécutives depuis la violente répression post-électorale de 2010.

Dans son dernier World Report, Human Rights Watch rappelle qu’au moins 12 prisonniers politiques sont derrière les barreaux en Biélorussie. Ce pays reste le dernier d’Europe à procéder à des exécutions capitales. L’an passé, ajoute l’ONG, la police antiémeute avait interrompu une diffusion du Dernier Dictateur d’Europe, un documentaire consacré à Alexandre Loukachenko, l’homme fort de Minsk depuis 1994, et interpellé 19 personnes avant de les libérer. Ce documentaire sera présenté le 9 mars sur les écrans du Festival du film et forum international sur les droits humains, à Genève.