L'opposante bélarusse Svetlana Tikhanovskaïa a appelé dimanche, jour de la présidentielle, à garantir un scrutin honnête après une campagne marquée par l'ascension surprise de cette rivale du président Alexandre Loukachenko et une vague de répression. «Je veux vraiment une élection honnête, c'est pourquoi j'y appelle», a-t-elle dit aux journalistes, après avoir voté dans un bureau à Minsk.

La jeune femme de 37 ans, qui a déjà dénoncé ces derniers jours des «fraudes éhontées», a assuré que le pouvoir n'avait rien «à craindre, et que si le peuple entier soutient vraiment Alexandre Grégoriévitch (Loukachenko), nous le reconnaîtrons». Le vote s'est ouvert à 08h00 (07h00 en Suisse) et doit se dérouler jusqu'à 20h00. Les résultats doivent être annoncés lundi.

Figures de l'opposition arrêtées

Selon l'équipe de l'opposante, le vote anticipé de mardi à samedi a été l'occasion de nombreuses fraudes. Et les représentants de l'opposition ont fait face à une répression accrue. Samedi, la cheffe du QG de Svetlana Tikhanovskaïa, Maria Moroz, a été arrêtée.

Lire aussi: La «révolution des femmes» en marche en Biélorussie

Par ailleurs, l'une des deux femmes à avoir fait campagne avec la candidate, Veronika Tsepkalo, a quitté le pays pour Moscou, dans ce contexte de répression. «Nous respectons la décision de Véronika, la situation n'est pas simple. Chacun a le droit d'évaluer les risques pour lui-même», a indiqué l'état-major de campagne de l'opposition. 

Mobilisation sans précédent

Svetlana Tikhanovoskaïa, principale rivale du président Loukachenko, a bâti une campagne qui a mobilisé des foules jamais vues dans l'histoire récente du Bélarus. Pour cela, elle s'est appuyée sur Veronika Tsepkalo, l'épouse de Valeri Tsepkalo, dont la candidature à la présidentielle a été rejetée et qui a fui son pays au début de l'été, et Maria Kolesnikova, l'ex-directrice de campagne d'un autre opposant qui a été incarcéré en juin.

Ce trio a galvanisé les détracteurs du pouvoir et est devenu viral sur les réseaux sociaux. Chacune a adopté un geste de la main comme symbole: le poing levé pour Svetlana Tikhanovskaïa, les mains en coeur pour Maria Kolesnikova et les doigts en «V» de la victoire pour Veronika Tsepkalo. Tandis que Veronika Tsepkalo avait été convoquée fin juillet pour être entendue dans le cadre d'une enquête contre son mari, Maria Kolesnikova a été brièvement interpellée samedi.

Le mari de Svetlana Tikhanovskaïa, Sergueï Tikhanovski, un vidéo-blogueur en vue qui avait voulu se présenter à la présidentielle, est lui en prison depuis mai.


Une sécurité renforcée

Les mesures de sécurité ont été renforcées dimanche à Minsk. A différentes entrées de la capitale, des contrôles de police ont été mis en place et la circulation limitée à une seule voie, ont indiqué plusieurs témoins. Des véhicules blindés de transport ont également été déployés à ces points d'accès, ainsi que des militaires armés, selon les mêmes sources. Dans le centre de Minsk, des barrières métalliques ont par ailleurs été installées autour de plusieurs bâtiments administratifs où le stationnement a été interdit. Les patrouilles de police ont aussi été renforcées.

Plusieurs habitants de Minsk, dont des journalistes de l'AFP, ont signalé des difficultés de connexion à Internet, notamment à des sites d'information proches de l'opposition tels que Tut.by ou Radio Liberty. Le site d'une ONG suivant les élections, Tchestnie Lioudi, était également inaccessible, mais aussi le site de la commission électorale. D'autres internautes ont mentionné d'importants ralentissements sur Youtube, sur la messagerie cryptée Telegram ou encore l'impossibilité d'accéder à certains réseaux privés virtuels (VPN).