Etats-Unis

Bientôt des cours anti-harcèlement au Congrès américain

Face au déferlement d’accusations, Paul Ryan, le président des républicains à la Chambre des représentants, agit. Il va imposer une formation obligatoire aux élus et à leurs collaborateurs

La liste des victimes d’abus et de harcèlements sexuels s’allonge. Et donc, forcément, celle des prédateurs aussi. Aux Etats-Unis, après l’affaire Harvey Weinstein, ce sont les sphères politiques et médiatiques qui sont désormais touchées. Plusieurs femmes, mineures à l’époque des faits, accusent Roy Moore, un candidat républicain au Sénat, de gestes déplacés. Al Franken, un sénateur démocrate, a dû la semaine dernière s’excuser d’avoir, en 2006, embrassé de force une animatrice et touché sa poitrine.

Mardi, c’est le démocrate John Conyers, le plus ancien membre de la Chambre des représentants – il a 88 ans et y siège depuis 1965 – et héros de la lutte pour les droits civiques des Noirs, qui a à son tour fait l’objet de révélations. Le site Buzzfeed a recueilli des témoignages de collaboratrices qu’il aurait harcelées pendant des années. En 2015, il aurait versé 27 000 dollars à une femme, licenciée parce qu’elle aurait rejeté ses avances sexuelles. Paul Ryan, le leader des républicains à la Chambre des représentants, a qualifié ces révélations d'«extrêmement troublantes». De quoi le pousser à mettre encore plus rapidement en place les réformes annoncées.

Une pétition signée par 1500 anciens collaborateurs

Même Donald Trump est monté au créneau, alors qu’il a dû lui-même, pendant la campagne présidentielle, faire face aux pires accusations. Il s’est moqué du sénateur démocrate Al Franken sur Twitter, mais a par contre défendu le républicain Roy Moore. Deux femmes parlementaires se sont par ailleurs dites harcelées par des collègues masculins, qu’elles n’ont pas (encore) nommés. Plusieurs scandales sexuels avaient déjà émaillé le Congrès ces dernières années. Un exemple: Dennis Hastert, ancien président de la Chambre des représentants, a admis l’an dernier qu’il avait abusé de lycéens quand il était entraîneur de lutte.

Ce récent déferlement de témoignages a poussé Paul Ryan à agir. Il va ni plus ni moins imposer une formation anti-harcèlement et anti-discrimination à tous les élus, ainsi qu’à leurs collaborateurs. Idem au Sénat. Il répond en fait à une demande, celle de 1500 anciens collaborateurs du Capitole qui se sont fendus d’une lettre ouverte au Congrès. Une lettre datée du 13 novembre.

Une formation anti-harcèlement? Paul Ryan ne détaille pas ses intentions. Mais de premières réactions sceptiques apparaissent: enfermer des élus dans une chambre et leur montrer des vidéos sur les gestes qu’il ne faut pas avoir s’apparenterait pour beaucoup à un emplâtre sur une jambe de bois.

De quoi décourager les plus tenaces

«Le Congrès devrait représenter le lieu de travail par excellence aux Etats-Unis où les gens sont traités avec respect, sans environnement hostile», a déclaré au New York Times la démocrate californienne Jackie Speier, élue à la Chambre des représentants, juste avant de participer à une audition sur le thème. «Et franchement, c’est exactement l’opposé. C’est probablement le pire climat de travail sur ce plan.» Le quotidien a documenté ce climat hostile aux femmes après avoir interviewé plus de 50 collaborateurs du Congrès. Beaucoup d’affaires sont étouffées. Le processus interne pour porter plainte est extrêmement long, de quoi décourager même les plus tenaces. C’est aussi sur ce plan que Paul Ryan compte améliorer la situation.

17 millions de dollars pour 264 affaires

Les efforts de transparence commencent à porter leurs fruits. Un bureau du Congrès a pour la première fois publié le montant des indemnités versées à la suite de plaintes, tous domaines confondus, visant des membres du personnel. Un chiffre vertigineux: 17 millions de dollars payés pour 264 affaires traitées entre 1997 et 2017.

Dans ce climat, l’affaire Lewinsky revient inévitablement sur le tapis. Une sénatrice démocrate, Kirsten Gillibrand, a déclaré à Fox News que Bill Clinton aurait dû démissionner. Il a eu des relations sexuelles consenties avec sa stagiaire, mais a ensuite été accusé par plusieurs femmes de harcèlement et même de viol. Quant à Donald Trump, ses anciennes accusatrices commencent également à remonter au front.

Lire aussi: Le présentateur américain Charlie Rose accusé de harcèlement sexuel

Lundi, ce sont deux journalistes qui ont été dénoncés par des femmes. Charlie Rose, présentateur vedette de la télévision américaine, l'homme qui a notamment interviewé Bachar al-Assad, Vladimir Poutine et Bill Gates, a été licencié par CBS et PBS. Huit femmes ont témoigné contre lui dans le Washington Post, anonymement. Elles évoquent des attouchements et des appels téléphoniques obscènes. Charlie Rose se serait déshabillé devant deux d’entre elles.

Il a réagi sur Twitter, sans nier les faits: «Il est essentiel que ces femmes sachent que je les entends et que je suis profondément désolé d’avoir eu cette attitude inappropriée. Je suis extrêmement gêné. J’ai toujours pensé que les sentiments étaient partagés, mais je réalise aujourd’hui que je me trompais.» Le deuxième journaliste visé est Glenn Thrush, correspondant du New York Times à la Maison-Blanche. Lui aussi a été suspendu, à la suite d’un article paru dans Vox.

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