L’opposition civile et les rebelles armées syrien se sont engagés lors d’une première rencontre en Turquie à coordonner leurs efforts contre le régime du président Bechar al-Assad, a indiqué jeudi un responsable à l’AFP.

Ce premier contact survenu lundi à Hatay, dans le sud de la Turquie, frontalière de la Syrie, entre le Conseil national syrien (CNS), qui regroupe une bonne partie de l’opposition, et l’Armée syrienne libre (ASL), formé de soldats déserteurs syriens, semble marquer un changement de politique de la part du CNS, réticente jusqu’à présent à soutenir la lutte armée.

«Nous sommes tombés d’accord pour que le Conseil et l’armée soient en coordination», a dit Khalid Hodja, membre du comité des relations étrangères du CNS.

Les deux parties ont en outre convenu que «le devoir de l’Armée syrienne libre est de protéger le peuple et de ne pas attaquer» le régime syrien, a dit ce responsable. Il a évoqué «la protection des minorités et l’envoie de troupes dans les zones de conflit pour prévenir d’éventuels incidents entre les différentes factions» parmi les tâches attribuées à l’ASL.

Riad Al-Assaad, un colonel de l’armée syrienne qui commande l’ASL depuis la Turquie, où il s’est réfugié, s’est entretenu avec six membres du CNS, dont Burhan Ghalioun, son chef et figure historique de l’opposition syrienne. L’officier syrien s’est engagé à respecter «le discours politique» du Conseil, a ajouté M. Hodja.

«Le Conseil a ainsi reconnu l’ASL comme une réalité et l’armée (ASL) a reconnu le CNS comme le représentant politique» de l’opposition syrienne, a souligné M. Hodja.

Ce dernier n’a pas précisé comment les rapports seraient établis entre les deux mouvements mais la rencontre en elle-même marque un nouveau pas dans les efforts visant à unifier l’opposition contre le régime de Damas.

La Turquie, plate-forme de l’opposition syrienne

La Turquie accueille environ 7.500 opposants syriens qui ont fui le conflit dans leur pays dans des camps de toile à Hatay. De source diplomatique turque, on a confirmé que cet entretien avait bien eu lieu dans l’un de ces camps.

L’ASL a multiplié ces dernières semaines les attaques, ouvertement revendiquées, contre l’armée syrienne et les miliciens du régime.

Le colonel Assaad a affirmé dans un entretien téléphonique avec l’AFP la semaine dernière depuis Hatay, que l’ASL comptait «au moins 20.000 hommes et (que) le nombre augmente chaque jour». Il s’était aussi déclaré favorable à des frappes aériennes étrangères contre «certaines cibles stratégiques» pour le régime syrien.

La semaine dernier, le Conseil avait exhorté les déserteurs à ne pas mener «d’actions offensives contre» l’armée régulière.

«Nous souhaitons que cette +Armée+ (agisse) dans les missions défensives pour protéger les soldats qui ont quitté l’armée et des manifestations pacifiques. Mais pas d’actes, d’actions offensives contre les positions de l’armée» régulière, a déclaré Burhan Ghalioun à Paris.

Ankara, qui a rompu avec la Syrie, son ex-alliée, et a annoncé mercredi une panoplie de sanctions économiques à son encontre, a pris ses distances avec le mouvement armé syrien mais s’est en revanche présenté comme un sanctuaire pour le CNS.

Depuis le début des manifestations antirégime en mars, la répression a fait plus de 3.500 morts selon l’ONU.