Terrorisme

Le bilan de l'attentat-suicide au Pakistan s'alourdit à 72 morts

C'est une funeste journée pour le Pakistan. Les talibans ont revendiqué un attentat dans un parc populaire de Lahore, dans l'est du pays

Le Pakistan s'est réveillé lundi sous le choc après l'attentat suicide qui a frappé un parc populaire de Lahore, en plein dimanche de Pâques, tuant au moins 72 personnes dont 29 d'enfants et portant un coup sérieux aux espoirs d'embellie sécuritaire.

L'attentat a été revendiqué par les talibans pakistanais, qui ont déclaré avoir visé spécifiquement la communauté chrétienne. Mais selon l'inspecteur de police adjoint Haider Ashraf, la majorité des victimes sont musulmanes.

Le dernier bilan officiel fait également état de 340 blessés.

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Le kamikaze «s'est fait exploser près de l'aire de jeux pour enfants, où ils faisaient de la balançoire. C'est pour cela que la plupart des victimes sont des enfants et des femmes», a déclaré un haut responsable administratif de Lahore, Mohammad Usman. Le bilan pourrait s'aggraver, a-t-il estimé.

Un deuil de trois jours décrété après l'horreur

La déflagration s'est produite dans le parc Gulshan-e-Iqbal, proche du centre-ville. «C'était une explosion très forte et des explosifs très puissants ont été utilisés», selon un responsable de la police, Haider Ashraf, soulignant que des billes métalliques ont été retrouvées sur place.

Secouristes et volontaires ont dans un premier temps porté assistance aux blessés au milieu des flaques de sang et des débris jonchant le sol. «Je n'arrive pas à trouver ma petite soeur. Mon enfant est rentré mais je ne trouve pas ma soeur, et ma nièce», se désespérait une femme, Amina Bibi, peu après le drame.

Un médecin a décrit des scènes d'horreur à l'hôpital Jinnah, où il opérait les blessés: «Nous les soignons par terre et dans les couloirs». Des appels à des dons de sang ont circulé sur Twitter. 

La situation demeurait chaotique lundi matin alors que les familles et les journalistes affluaient dans l'établissement, a rapporté l'AFP.

Le Premier ministre Nawaz Sharif a condamné l'attentat. Son homologue indien Narendra Modi l'a appelé pour exprimer sa sympathie. Un deuil de trois jours a été décrété dans la province du Pundjab, dont Lahore est la capitale.

La jeune lauréate pakistanaise du prix Nobel de la paix Malala Yousafzaï s'est dite «accablée par cette tuerie dénuée de sens».

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Les Etats-Unis ont également condamné un «effroyable acte terroriste», et la France a réaffirmé sa volonté de «continuer à combattre partout le terrorisme».

Le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon a lui demandé que «les auteurs de cet acte de terrorisme épouvantable soient amenés rapidement devant la justice».

Cet attentat «jette une ombre de tristesse et d'angoisse sur la fête de Pâques», a réagi le Vatican.

2% de la population pakistanaise est chrétienne

Le parc Gulshan-e-Iqbal était particulièrement bondé en ce jour de printemps où la minorité chrétienne célébrait le dimanche de Pâques à Lahore, ville de 10 millions d'habitants.

Javed Ali, dont la maison est située juste en face de l'entrée du parc, décrit «une énorme explosion (qui) a fait voler les fenêtres en éclats». «Tout tremblait, il y avait des cris et de la poussière partout».

«Dix minutes plus tard je suis sorti. Il y avait de la chair humaine sur les murs de notre maison. Les gens pleuraient, je pouvais entendre les ambulances», poursuit-il.

Le parc, où il se trouvait lui-même quelques heures avant, était «plein de monde à cause de Pâques, il y avait beaucoup de chrétiens là-bas. Il y avait tant de monde que j'ai dit à ma famille de ne pas y aller».

Au Pakistan, des groupes islamistes armés ciblent parfois la minorité chrétienne - environ 2% de la population de ce pays de 200 millions d'habitants, essentiellement des musulmans sunnites.

La lutte contre l'extrémisme religieux a pris un tournant en février dernier

Des heurts ont par ailleurs éclaté dans la capitale Islamabad et sa ville jumelle de Rawalpindi entre la police et des milliers de partisans d'un islamiste pendu le mois dernier, Mumtaz Qadri.

Quelque 25.000 d'entre eux s'étaient réunis plus tôt dans la journée à Rawalpindi pour des prières commémoratives, avant d'avancer, armés de pierres, vers la capitale quadrillée de centaines de policiers et de paramilitaires.

Les policiers ont tiré des gaz lacrymogènes. L'armée a été déployée pour assurer la sécurité de la zone autour du Parlement, où des manifestants se sont rassemblés dans la soirée, selon un porte-parole de l'armée.

L'exécution le 29 février de Mumtaz Qadri avait été perçue comme un moment charnière dans la lutte contre l'extrémisme religieux au Pakistan.

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Mais elle a aussi ulcéré nombre de courants islamiques qui avaient érigé Mumtaz Qadri au rang de héros pour avoir abattu en 2011 Salman Taseer, gouverneur du Pendjab, qui s'était déclaré favorable à une révision de la loi sur le blasphème, défendue bec et ongles par les extrémistes.

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