Diplomatie

Bilderberg, conférence «secrète» des puissants

Lors du forum, les personnalités les plus influentes d’Europe et d’Amérique s’enferment pour échanger sur les enjeux planétaires. Cette année, il se tient à Montreux. Retour sur son histoire

Le Montreux Palace est pris d’assaut. Plus une chambre disponible. La cause? Le forum Bilderberg, où des personnalités très influentes se regroupent comme chaque printemps pour discuter des enjeux qui les concernent. Cette année, pour sa 67e édition, 130 dirigeants, politiciens et intellectuels venus de 23 pays s’enferment pendant trois jours sans conjoint ni famille. La Suisse accueille pour la deuxième fois ce rassemblement international, qui s’était tenu à Saint-Moritz (GR) en 2011.

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Le forum se déroule selon la règle de Chatham House, un code éthique de la diplomatie britannique qui interdit de rendre publics les identités et les propos des autres invités. Mais aussi sans fuites dans les médias, dont les représentants sont triés sur le volet.

1954, la naissance

En mai 1954, le prince Bernhard des Pays-Bas crée le club Bilderberg. Le premier forum tire son nom de l’hôtel qui accueille la première manifestation. Il se déroule à Oosterbeek, aux Pays-Bas (il possède désormais des bureaux à Leyde, dans le même pays). Le banquier américain David Rockefeller participe à cette première édition.

Au sortir de la Seconde Guerre mondiale et durant la guerre froide, le club se veut un rempart contre les idées communistes. Les patrons et politiciens s’unissent pour renforcer les relations entre l’Europe et les Etats-Unis. Selon des archives déclassées, la CIA serait même nommée marraine du club.

Les années 70, un tournant

Les années 70 marquent un tournant pour ce rendez-vous. Le Forum de Davos, créé en 1971, est sous le feu des projecteurs, tandis que celui de Bilderberg évolue et s’organise dans l’ombre. Jusqu’à ce qu’il soit révélé en 1979 par un journaliste espagnol, Luis Gonzalez-Mata, dans son livre Les vrais maîtres du monde.

En 1976, alors que le forum est encore organisé dans le plus grand secret, un scandale de corruption impliquant le prince Bernhard éclate. Ce dernier aurait favorisé les intérêts d’un groupe d’armement américain pour équiper l’armée hollandaise. L'affaire aurait pu mettre fin aux réunions. Le prince sera simplement remplacé par l’ancien premier ministre britannique Alec Douglas-Home à la tête du comité de direction.

Dès 1973, le banquier américain David Rockefeller veut élargir le club aux Japonais et fonde la Commission trilatérale, qui organise aussi plusieurs réunions par an. Jean-Claude Trichet, futur président de la Banque centrale européenne, anime les réunions européennes.

Les années 2000, premiers pas vers l’ouverture

Jusqu’en 2000, c’est le diplomate David de Pury qui représentait la Suisse aux réunions du club Bilderberg. Daniel Vasella, alors patron de Novartis, lui succède. En 2012, la nomination du Français Henri de Castries, PDG d’Axa, à la présidence du comité de direction a apporté de l’ouverture dans ce cercle si secret.

Pour calmer les théories complotistes qui pullulent sur la conférence Bilderberg, le club crée son propre site internet, sur lequel il dresse la liste de ses invités et les thèmes évoqués. Depuis cette ouverture, on a notamment appris que l’objet principal de discussion en 2017 était la présidence de Donald Trump. Le Lausannois André Kudelski, habitué des rencontres Bilderberg, obtient une place au comité de direction.

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Echanger dans un cercle fermé, sans pression médiatique ou fuite sur les réseaux sociaux, telle est la philosophie du club. Cette année, le Bilderberg évoquera les enjeux du changement climatique, ceux du Brexit et l’avenir de l’intelligence artificielle. Et pour en débattre figurent notamment la successeure d’Angela Merkel à la tête de la CDU, Annegret Kramp-Karrenbauer, le gendre de Donald Trump Jared Kushner, le président de la Confédération Ueli Maurer et le patron de Credit Suisse Tidjane Thiam.

L'importance de ce cercle doit être relativisé cependant. Aussi puissants soient-ils, ces «maîtres du monde», comme ils sont surnommés, sont des personnalités majoritairement européennes et américaines. Ils oublient volontairement de convoquer les dirigeants russes, chinois et indiens ainsi que ceux d’Amérique latine ou d’Afrique. 

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