Entre 20 et 40 millions de dollars. C'est ce que coûte par jour l'opération «Force alliée» à l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN) en Yougoslavie. Du 24 mars, date à laquelle les premières bombes ont été larguées, au 8 avril, les Etats-Unis ont à eux seuls apporté une contribution de près de 500 millions de dollars dans la caisse alliée. Mais en tant que première force engagée dans la guerre, les Américains ont déjà déboursé 3 milliards de dollars. Personne n'ose se prononcer sur l'ardoise finale d'autant plus que les responsables politiques et militaires annoncent unanimement que la guerre pourrait durer encore plusieurs mois. Pour parer à cette presque certitude, le président américain Bill Clinton a demandé lundi une rallonge de 6 milliards de dollars au Congrès. «Ce fonds garantira que nous avons les ressources nécessaires à la poursuite de la campagne aérienne jusqu'à ce que nous ayons atteint nos buts», a déclaré le chef de la Maison-Blanche, ajoutant que l'argent servira également à financer l'aide humanitaire destinée aux réfugiés kosovars.

«Le budget s'alourdit de jour en jour», déclare Steven Kosiak, analyste du Centre for Strategic and Budgetary Assessments à Washington. En effet, les Etats-Unis disposent en Adriatique de deux porte-avions, de plusieurs navires de guerre et des sous-marins, lanceurs de missiles de croisière Tomahawk. Chaque missile vaut entre 1 et 2 millions de dollars. Les Américains avaient au départ engagé 400 avions de combat. La flotte a été par la suite renforcée par 200 nouveaux appareils. La semaine dernière, le général Wesley Clarke, commandant des forces alliées, a demandé 300 autres avions. Sans compter les hélicoptères Apache qui devraient être opérationnels ces prochains jours. Selon Defense News, un hebdomadaire spécialisé dans les nouvelles militaires, chaque sortie coûte près de 10 000 dollars. Rien que le week-end dernier, les avions de l'OTAN ont effectué 500 sorties. La surveillance aérienne du ciel représente également une charge importante: 70 millions pour les deux premières semaines. L'avion furtif, le F-117 qui est tombé en Yougoslavie: perte de 70 millions de dollars.

«En principe, l'administration américaine n'aura pas de problème pour financer cette guerre. Elle a accumulé de larges excédents budgétaires», explique Steven Kosiak. N'empêche que le Congrès ne compte pas donner un chèque en blanc à Bill Clinton. Certains républicains, même s'ils approuvent l'engagement militaire, ne souhaitent pas trop dépasser le budget annuel alloué au Pentagone. Ils ne veulent surtout pas d'une diversion des ressources au détriment d'autres programmes au profit de la guerre en Yougoslavie. «La question serait sans doute plus grave si l'OTAN décidait d'engager des troupes terrestres. Là, le débat serait beaucoup plus animé au Congrès», prédit Kosiak. Le scénario est tout autre que celui de la guerre du Golfe. Les Américains étaient alors assurés d'une large participation aux coûts de la part des Etats pétroliers d'Arabie saoudite et du Koweït.

Pour leur part, les pays européens membres de l'OTAN ne prévoient pas non plus de gros problèmes de financement de la guerre. «Ça changerait si les opérations militaires devaient durer plusieurs mois ou encore si des forces terrestres allaient être engagées», affirme le spécialiste de Defense News. Une telle intervention reviendrait, selon Kosiak, à 1 milliard de dollars par jour.

La facture humanitaire plus conséquente

Selon le quotidien Le Monde qui donne l'exemple de la France, le surcoût lié aux opérations contre la Yougoslavie n'est pas plus de 25 millions de dollars pour un mois. «Une dépense qui demeure limitée par rapport à l'ensemble du budget des armées dont le montant total approche les 33 milliards par an, sur lesquels 3 milliards sont affectés aux opérations extérieures, ajoute le journal. Les risques de dérapage budgétaire sont cependant considérables: un seul Mirage 2000 perdu représenterait une perte de 350 millions de francs français.»

John Llewellyn, économiste à la banque américaine Lehman Brothers, confirme que les frappes aériennes coûteraient 3 milliards de dollars par mois, une somme supportable et qui ne mettrait pas les économies des pays membres de l'OTAN en péril. «Par contre, la facture de l'aide humanitaire pourrait être beaucoup plus importante: quatre fois plus pour héberger, nourrir et soigner 2 millions de réfugiés.» Pour rappel, la Deuxième Guerre mondiale avait coûté 16 000 milliards de dollars et la guerre du Golfe 102 milliards aux alliés.

Enfin, un signe qui ne trompe pas: depuis le début de l'opération «Force alliée», les actions des entreprises d'armement ont sensiblement grimpé à la Bourse.