Jeudi, dans une Time Warner Cable Arena archicomble, Barack Obama pouvait déjà entrer sur scène un peu plus détendu. Depuis mardi, les délégués démocrates réunis en convention à Charlotte, en Caroline du Nord, ont montré au fil des discours que les déceptions liées aux promesses du candidat démocrate de 2008 n’avaient pas étouffé leur enthousiasme.

Vingt-quatre heures avant ce qui apparaît comme la plus importante allocution qu’il ait tenue depuis son élection il y a quatre ans, le président noir a pu compter sur l’aide capitale de Bill Clinton. L’ex-président américain, qui reste une star dans son pays, avec une cote de popularité de 69% (18 points de plus que Barack Obama), a livré, avec sa gouaille et son humour de tribun, un extraordinaire plaidoyer en faveur du président qu’il juge impératif de réélire le 6 novembre.

A la Maison-Blanche de 1993 à 2001, fort de ce qui est considéré comme le meilleur bilan économique de l’après-guerre, Bill Clinton a mélangé l’ironie, les figures de style et la pédagogie pour expliquer à des millions d’Américains à quel point l’Amérique est aujour­d’hui dans une situation meilleure qu’il y a quatre ans. Il a aussi souligné avec emphase l’un des grands succès de l’administration Obama: la réforme du système de santé.

Jeudi soir, Barack Obama était au défi de faire mieux que l’ex-président. Ce dernier, bien qu’amaigri par un régime végétalien, a encore une fois réussi à électriser l’audience. Mais il a aussi su prendre les précautions nécessaires. Se référant à la situation catastrophique dont Barack Obama a hérité, Bill Clinton l’a dit sans fausse modestie: «Aucun président, ni moi-même ni les prédécesseurs ­d’Obama, n’aurait pu remettre l’économie sur les rails en quatre ans.» L’ex-gouverneur de l’Arkansas fut en réalité la meilleure caution au programme économique du président. La rhétorique démocrate fut d’ailleurs confortée par les nouveaux chiffres de l’emploi publiés, jeudi selon ­lesquels l’Amérique a créé 201 000 emplois nets en août. Un résultat supérieur aux attentes.

En juillet, quand le Chicagolais demanda à un ex-locataire de la Maison-Blanche de tenir le discours de nomination de la con­vention, une première dans les élections américaines, il avait conscience du danger. Bill Clinton est un animal politique, un être extraverti qui a toujours su parler à la Middle America. Il prend vite beaucoup d’espace. Barack Obama, lui, est plus cérébral, introverti. Quinze ans séparent les deux hommes.

Le duo Obama-Clinton à Charlotte a réussi à capter l’attention des Américains. A Tampa, les républicains n’ont pas pu bénéficier de la même dynamique, George W. Bush étant ostracisé en raison d’un bilan politique jugé dommageable pour la campagne électorale de Mitt Romney. Face aux multiples attaques républicaines, Bill Clinton et Barack Obama ont souligné les réelles avancées faites par l’administration démocrate et estimé qu’il fallait quatre ans de plus pour vraiment sortir l’Amérique de l’ornière.

L’accolade entre les deux hommes, sur la scène du Time Warner Cable Arena de Charlotte, n’est pas passée inaperçue. Elle traduit l’aboutissement d’une réconciliation qui a pris quatre ans à se concrétiser. Lors de la convention démocrate de Denver en 2008, Bill Clinton s’était finalement résigné à soutenir la candidature de Barack Obama après que ce dernier eut battu Hillary Clinton dans des primaires à couteaux tirés. Mais le cœur n’y était pas.

La réconciliation a débuté peu après, quand le président élu nomma Hillary Clinton, son ex-rivale, au poste de secrétaire d’Etat. Cette désignation n’était pas dépourvue de calcul politique, mais le tandem Barack Obama-Hillary Clinton s’est avéré d’une rare efficacité. «Madam Secretary» a été d’une loyauté à toute épreuve envers la Maison-Blanche. En décembre 2011, Bill Clinton fut longuement reçu au Bureau ovale pour échafauder un plan d’action dans la perspective de la présidentielle 2012. A Charlotte, il a prouvé qu’il était le meilleur soutien de Barack Obama.

Les républicains n’ont pas pu bénéficier à Tampa de la même dynamique, George W. Bush étant ostracisé