Il a tout vu depuis sa fenêtre samedi. Il est environ 22h lorsque Alexandre* entend des cris venant de la rue. «J’ai vu une quarantaine de gens du quartier qui s’agitaient dans tous les sens. Ils ont encerclé une voiture de police pour empêcher des arrestations», témoigne ce Suisse établi à Rangoun, la principale ville de Birmanie. Les casseroles frappées chaque soir à 20h pour protester contre le coup d’Etat se sont muées en système d’alarme. «Malgré le couvre-feu, des habitants patrouillent toute la nuit dans ma rue. Dès qu’ils repèrent une activité suspecte, les casseroles résonnent.» Car depuis le putsch du 1er février, quelque chose a changé dans la détermination du pouvoir à museler la contestation.

Le point de bascule, aux yeux d’Alexandre, intervient le vendredi 12 février. A l’occasion de la Fête de l’Union du Myanmar, les nouveaux maîtres du pays amnistient 23 000 prisonniers de droit commun. Lâchés dans la nature, ils auraient reçu pour instruction de terroriser la population. «Dès le lendemain, on a vu en direct sur Facebook les incendies criminels se multiplier. Les habitants ont attrapé certains des incendiaires», relate l’expatrié. Plusieurs auraient reçu drogue et argent avant de passer à l’acte, avance-t-il tout en précisant que beaucoup d’informations sont difficiles à vérifier – d’autant plus avec les coupures nocturnes d’internet qui se succèdent depuis dimanche.