Il aura donc fallu 17 jours aux inflexibles dirigeants de la Birmanie pour montrer les premiers signes extérieurs d'une prise de conscience de l'ampleur du drame vécu par leur peuple depuis le passage du cyclone Nargis dans le delta de l'Irrawaddy. Depuis dimanche, Than Shwe, le chef de la junte, enchaîne ses premières visites dans des camps d'hébergement des rescapés du cataclysme. Egalement dans l'ordre du symbolique, et imitant en cela à quelques heures près le grand voisin chinois dévasté par le tremblement de terre du 12 mai, le pouvoir a décrété trois jours de deuil national à compter de ce mardi.

Mais la percée la plus concrète a été obtenue à Singapour, où étaient réunis lundi les dix ministres des Affaires étrangères de l'Association des nations d'Asie du Sud-Est (Asean), dont est membre la Birmanie depuis 1997. A l'issue de cette réunion d'urgence, le Singapourien George Yeo a annoncé la mise sur pied par l'Asean d'un «mécanisme de coordination» pour permettre à l'aide internationale d'entrer en Birmanie.

Fonds d'urgence

Dans la foulée, l'Organisation des nations unies et l'Asean ont annoncé que se tiendrait dimanche 25 mai dans l'ex-capitale Rangoon une conférence internationale des donateurs. Elle «cherchera à rassembler un soutien et une assistance internationale pour les efforts humanitaires en réponse aux besoins les plus urgents ainsi que pour les efforts de relèvement à long terme», précise un communiqué conjoint. Le 9 mai, les Nations unies avaient lancé un appel au financement de l'aide d'urgence de 201 millions de dollars, somme susceptible d'être réévaluée. Le pays dévasté a évalué à 10 milliards de dollars la facture des dégâts causés par Nargis. «A ce jour, 41,3 millions de dollars ont été rassemblés, indique Elisabeth Byrs, porte-parole du Bureau de coordination des affaires humanitaires de l'ONU à Genève. Et nous avons débloqué un fonds d'urgence de 20 millions de dollars.»

Visas au compte-gouttes

«L'ONU est prête à aider la Birmanie par tous les moyens», poursuit-elle. A cet égard, la perspective d'une action cordonnée avec l'Asean constitue «un bon point. Il était important de réussir à pousser la porte». «Notre objectif est limpide, et tout le monde a le même: il faut faciliter l'accès aux victimes. Nous accueillons avec bienveillance tout signe dans ce sens», commente pour sa part Pierre Kremer, porte-parole de la Fédération internationale de la Croix-Rouge.

Alors que le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, se rendra mercredi en Birmanie, les contours de ce mécanisme de coopération restent à définir. Se pose ainsi la question de l'attitude qu'adopteront les généraux dans ce nouveau cadre et notamment s'ils accéderont aux appels répétés des ONG à une plus large ouverture pour leur personnel étranger. Tout en soulignant qu'une «action d'envergure est menée sur le terrain», grâce aux milliers de volontaires locaux de la Croix-Rouge birmane et à un pont aérien qui a permis l'arrivée de 25 avions, lestés de 300 tonnes d'aide d'urgence, Pierre Kremer juge indispensable de «changer l'échelle de l'aide internationale». «Des milliers de personnes restent menacées par les pluies persistantes. Des visas ont été distribués au compte-gouttes à nos délégués internationaux. Vingt sont entrés dans le pays. Mais il en faudrait au moins 50 pour fluidifier la toile logistique et calibrer les besoins.»

«Tout est encore beaucoup trop lent et trop limité», maugrée Frédéric Baldini, chargé de communication chez Médecin sans frontières Suisse. L'ONG est parvenue à envoyer neuf personnes en sus de la quarantaine d'expatriés sur place avant Nargis. «Mais ils restent confinés dans les villes. Or, certaines zones n'ont pas encore reçu la moindre aide. Nous menons déjà des activités non négligeables, mais elles ne couvrent qu'une infirme partie des besoins. Nos équipes sont frustrées.» Elles auraient pourtant de quoi faire: selon la dernière estimation de l'ONU, 2,4 millions de personnes ont été affectées par Nargis, dont 1,4 nécessitent une aide d'urgence. Pour l'heure, 500000 ont reçu une assistance internationale.