Des manifestants pro-démocratie sont de nouveau descendus dans les rues lundi en Birmanie, malgré l'intensification de la répression par la junte. Plusieurs centaines d'ingénieurs et d'étudiants étaient rassemblés dans le nord de Rangoun, la capitale économique. Non loin de là, près du siège de la banque centrale, des contestataires manifestaient au milieu de véhicules de l'armée. D'autres faisaient le salut à trois doigts, en geste de résistance. Les connexions ont été rétablies lundi dans la matinée, d'après l'ONG de surveillance NetBlocks.

Des chars ont été aperçus à Rangoun, la capitale économique. Des déploiements de soldats ont été constatés dans d'autres villes, d'après des images diffusées sur les réseaux sociaux. Nous avons reçu «des indications sur des mouvements de troupes», a confirmé sur Twitter l'ambassade des Etats-Unis en Birmanie, demandant aux Américains de rester à l'abri.

Lire aussi: L’armée en Birmanie, cet Etat dans l’Etat

«Une interruption des télécommunications est possible cette nuit de 1h00 à 9h00», heures locales (de 19h30 à 03h30 en Suisse), a-t-elle ajouté. A Myitkyina, dans le nord, il y a eu plusieurs blessés quand les forces de l'ordre ont dispersé des manifestants en tirant, d'après une journaliste locale.

«Ils ont d'abord lancé du gaz lacrymogène, puis ont tiré», a-t-elle déclaré à l'AFP, sans pouvoir préciser si des balles réelles ou des munitions en caoutchouc avaient été utilisées. Cinq journalistes ont été interpellés à cette occasion, d'après un média local.

Lire également: Nouvelle journée de manifestations à Rangoun, malgré les arrestations et les coupures d'Internet 

Réagissant à cette escalade de la répression, les ambassadeurs en Birmanie des Etats-Unis, du Canada et de plusieurs pays de l'Union européenne ont diffusé une déclaration commune sur Twitter, exhortant l'armée à «ne pas recourir à la violence à l'encontre des manifestants et des civils».

Lire encore: Aung Zin Phyo, jeune analyste politique birman: «Nous bâtirons le futur de notre choix en Birmanie»

Mobilisation massive

Le putsch du 1er février a renversé le gouvernement d'Aung San Suu Kyi et mis fin à une fragile transition démocratique de 10 ans. La peur des représailles est dans tous les esprits en Birmanie, où les derniers soulèvements populaires de 1988 et 2007 ont été réprimés dans le sang par les militaires. Malgré cela, la mobilisation contre le coup d'Etat ne faiblit pas avec des fonctionnaires (enseignants, docteurs, employés de chemin de fer, etc.) en grève.

Lire finalement notre éditorial: Face aux généraux birmans, surtout ne pas renoncer

Dimanche, pour le neuvième jour consécutif, les Birmans sont descendus par dizaines de milliers dans les rues. A Rangoun, ils se sont notamment réunis près de la célèbre pagode Shwedagon, pour réclamer la fin de la dictature et la libération de la lauréate du prix Nobel de la paix 1991, tenue au secret depuis son arrestation.

Près de la gare centrale, des habitants ont bloqué une rue à l'aide de troncs d'arbres pour empêcher la police de pénétrer dans le quartier. Ils ont ensuite reconduit des policiers qui cherchaient des employés des chemins de fer grévistes afin de les forcer à reprendre le travail. A Dawei (sud), sept policiers ont annoncé faire défection, tandis que des médias locaux ont fait état de cas similaires ces derniers jours.

Chasse aux «fugitifs»

L'armée a de son côté diffusé une liste de sept militants parmi les plus renommés de Birmanie, qu'elle recherche activement pour avoir encouragé les manifestations. Sur la liste des sept «fugitifs» figure le nom de Min Ko Naing, un leader du mouvement étudiant de 1988, qui a déjà passé plus de 10 ans en prison.

Depuis le putsch, quelque 400 personnes ont été arrêtées, des responsables politiques, des militants et des membres de la société civile, y compris des journalistes, des médecins et des étudiants.