La mobilisation anti-junte se poursuit, mercredi, en Birmanie avec une grande manifestation prévue à Rangoun. Ils étaient des milliers de personnes rassemblés, en fin de matinée, près de la célèbre pagode Sule dans le centre de la capitale économique. «Réunissons des millions (de Birmans) pour demander la libération d'Aung San Suu Kyi», assignée à résidence à Naypyidaw, la capitale administrative, ont-ils lancé.

Le rapporteur des Nations unies (ONU) Tom Andrews craint un regain de violences après avoir été informé mardi de l'envoi de soldats «depuis des régions périphériques vers Rangoun». «Les militaires pourraient être sur le point de commettre des crimes encore plus graves contre le peuple de Birmanie», a ajouté Tom Andrews, qui s'est dit «terrifié». Il rappelé que «dans le passé, de tels mouvements de troupes ont précédé des meurtres, des disparitions et des détentions à grande échelle.»

Lire aussi: En Birmanie, des casseroles et du courage face à la junte

La peur des représailles est dans tous les esprits dans le pays où les derniers soulèvements populaires de 1988 et de 2007 ont été réprimés dans le sang par les militaires. Et les foules ont été moins nombreuses ces derniers jours.

Plusieurs manifestations ont déjà donné lieu à de fortes tensions. Les forces de l'ordre ont tiré à plusieurs reprises, des gazs lacrymogènes, des balles en caoutchouc ou avec des lance-pierres, faisant plusieurs blessés. Une jeune femme de 20 ans qui a reçu la semaine dernière un tir dans la tête - probablement à balles réelles - est en état de mort cérébrale. Et un policier est décédé mardi des suites de blessures occasionnées lors d'un rassemblement à Mandalay (centre), a affirmé la junte.

Internet à nouveau coupé dans la nuit de mardi à mercredi

La junte a renforcé l'arsenal répressif: les perquisitions sans mandat et les placements en détention pour une courte période sans le feu vert d'un juge sont autorisés. Une loi très liberticide sur la cybersécurité est également en train d'être mise en oeuvre. 

Les connexions internet ont été de nouveau presque totalement coupées dans la nuit de mardi à mercredi, avant d'être restaurées dans la matinée.

Nouvelle inculpation d'Aung San Suu Kyi

Déjà poursuivie pour avoir enfreint une obscure règle commerciale en important «illégalement» des talkie-walkies, Aung San Suu Kyi, 75 ans, fait face à une nouvelle inculpation pour avoir violé «la loi sur la gestion des catastrophes naturelles», d'après son avocat qui n'a toujours pas pu entrer en contact avec elle. Elle est «en bonne santé» selon la junte, qui assure la maintenir assignée à résidence pour sa sécurité.

Sur le sujet: L’armée en Birmanie, cet Etat dans l’Etat

Les généraux font la sourde oreille face aux multiples condamnations internationales et aux sanctions annoncées par Washington. Le porte-parole du département d'Etat américain, Ned Price, a encore appelé, mardi, l'armée birmane à libérer immédiatement «tous les dirigeants politiques et civils, les journalistes, les militants pour les droits humains et autres membres de la société civile injustement détenus» ainsi qu'à «rétablir le gouvernement démocratiquement élu».