Royaume-Uni

Blancs, hommes et âgés, ils vont décider du Brexit

Le premier ministre britannique sera élu par les 160 000 membres du Parti conservateur. Des militants au profil accusé, qui représentent 0,3% de l’électorat

Ils sont Blancs (97%), hommes (70%), âgés (56% ont plus de 55 ans) et ils ont l’avenir du Royaume-Uni entre leurs mains. Les quelque 160 000 membres du Parti conservateur, soit 0,3% des électeurs britanniques, doivent élire d’ici au 22 juillet leur nouveau leader, qui deviendra par la même occasion premier ministre.

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«Soutenez Boris» 

Jeudi soir, Boris Johnson et Jeremy Hunt, les deux candidats, sont allés présenter leur programme aux militants de Bournemouth, sur la côte sud de l’Angleterre. Cheveux blancs, crânes dégarnis et blazers bleu marine remplissaient la salle.

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Parmi eux se trouvait un groupe d’une dizaine de militants de la ville voisine de New Forest, aussi pointilleusement polis que fermement déterminés. Un seul avait voté contre le Brexit lors du référendum de 2016. Tous les autres arboraient des badges «back Boris» («soutenez Boris»). «On adore l’Europe mais on déteste l’Union européenne, explique Dan Poole, 37 ans. Notre objectif absolu est de sortir de l’UE le 31 octobre (date prévue pour le Brexit).» James Binns, son collègue, ajoute un argument électoral. «Le Parti conservateur risque de mourir si on n’arrive pas à concrétiser le Brexit. Il y va de notre survie politique.»

Jeremy Hunt et Boris Johnson doivent convaincre ce petit groupe d’électeurs, très peu représentatifs de la population britannique. C’est particulièrement vrai sur la question du Brexit: les deux tiers d’entre eux estiment qu’un «no deal», une sortie de l’UE sans accord, serait parfaitement acceptable, contre 26% des Britanniques dans leur ensemble. «Les militants se sont fortement radicalisés en quelques années», analyse Tim Bale, politologue à l’Université Queen Mary.

Jeremy Corbyn, l'ennemi à abattre

Les deux candidats sont donc poussés à la surenchère. A ce jeu-là, Boris Johnson, qui a dirigé la campagne pro-Brexit en 2016, est le plus fort: les sondages au sein du parti le créditent de 68% des voix.

«L’heure est sombre mais c’est parce que nous sommes juste avant que l’aube ne se lève», lance-t-il aux militants. Son projet: aller renégocier l’accord sur le Brexit à Bruxelles, en particulier le fameux «backstop», imposé par l’UE pour éviter toute frontière dure entre l’Irlande du Nord et la République d’Irlande. Comment va-t-il réussir là où Theresa May a échoué? «Nous devons nous préparer au «no deal.»

Et la stratégie de Jeremy Hunt? Exactement la même. «Sur le Brexit, il n’y a pas de grande différence entre Boris et moi», assume-t-il.

De fait, les deux candidats ne s’attardent guère sur leur capacité – ou non – à faire plier Bruxelles. Ils appuient en revanche sur l’importance politique de mener à bien la sortie de l’UE, afin d’asphyxier sur leur droite le parti du Brexit de Nigel Farage. Sinon, avertissent-ils, les conservateurs se dirigent vers une défaite électorale catastrophique, laissant le champ libre à Jeremy Corbyn. La peur du leader travailliste, un «semi-marxiste» (Boris Johnson) qui présente «le principal danger pour notre pays» (Jeremy Hunt) fait vivement réagir la salle.

S’il est clairement favori, l’ancien maire de Londres ne provoque pourtant pas l’enthousiasme de la salle. «Boris représente un sérieux risque», reconnaît David Norbury, un vieux monsieur dur d’oreille. Ses remarques à l’emporte-pièce, ses mensonges à répétition, sa pagaille permanente ne lui ont pas échappé. «Mais il est le seul à pouvoir faire peur à l’Europe», veut-il croire.

Un choix difficile 

Un autre militant, l’un des rares à avoir voté contre le Brexit en 2016, va plus loin. «Bruxelles a été trop intransigeante, depuis le début. David Cameron (premier ministre de 2010 à 2016) n’a pas obtenu assez de concessions avant le référendum, puis l’accord imposé à Theresa May a été trop dur. Aujourd’hui, on n’a pas d’autre choix que de jouer notre va-tout, utiliser une sorte de Donald Trump. S’il le faut, je suis prêt à aller au «no deal». Oui, ce serait comme se couper un bras, mais il faut qu’on mette fin à cette folie.»

Quelques voix dissonantes se font bien entendre à Bournemouth. Un militant demande s’il vaut mieux choisir «le candidat qui est bon pour le parti ou celui qui est bon pour le pays». Une autre, membre des Tories depuis un quart de siècle, se désespère de la «dérive» de son parti et envisage de faire défection chez les libéraux-démocrates.

Mais la dynamique de Boris Johnson sera difficile à arrêter. Alan Alvey, un conseiller municipal qui s’inquiète des «squelettes dans le placard» du trublion, ressort bien peu enthousiaste de la présentation des deux candidats. «Aucun ne me plaît. Mais si Boris est encore debout fin juillet (comprendre, s’il n’a pas commis d’impair irréparable), je voterai sans doute pour lui.»

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