Revue de presse

Le blanc-seing donné par les Magyars à Viktor Orban

A Budapest, le dirigeant national-conservateur triomphe. Tant pis pour Bruxelles et tant mieux pour l’homogénéité ethnique de la Hongrie, disent les médias

«Győztünk!» s’exclament ses nombreux soutiens. «Victoire!» En Hongrie, le dirigeant national-conservateur Viktor Orban, icône des droites populistes européennes, a remporté dimanche ses troisièmes législatives d’affilée, s’assurant comme prévu une confortable majorité parlementaire. L’opposition se trouve totalement assommée, avec une gauche et des libéraux incapables de s’unir face au Fidesz-Union civique hongroise, et incapables donc de constituer une vraie menace. Total est ainsi le triomphe pour toutes ces «diatribes […] contre l’immigration», tant pis pour «les relations tendues avec l’Union», et que vive cette tendance crasse «à museler les médias et la justice» à Budapest, toutes ces réalités qui passent très mal à Bruxelles.

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Mais la popularité pratiquement sans limite du parti «n’est pas seulement due à la figure de Viktor Orban ou à la maladresse de l’opposition», expliquait juste avant le scrutin Agoston Samuel Mraz, politologue lui-même proche du pouvoir, au Magyar Idők, quotidien ouvertement pro-Orban, repris par Courrier international. Non, car «si le positionnement clair et suivi de Budapest au moment de la crise migratoire de l’été 2015 a nettement épaissi sa stature, le Fidesz est surtout parvenu à diffuser un message fort auquel la société adhère».

Ces deux exemples donnés par Radio France Internationale suffisent pour comprendre. «Franziska Csasar a 57 ans, elle habite près du lac Balaton. Elle n’a jamais vu de migrants. Sauf à la télévision publique qui dit que les réfugiés sont sur le point d’envahir le pays. Alors Franziska vote pour Viktor Orban», qui défend la Hongrie. «Même son de cloche à Gyöngyös, une ville au nord de Budapest. Sur la place du marché, les jonquilles sont là, éclatantes, le printemps aussi. Sourire aux lèvres, Zsolt Sos vend ses poulets fermiers et ses saucisses maison. «On est très satisfaits de ce gouvernement. Il nous aide avec des subventions et on a de l’argent de l’Europe. Et là le gouvernement vient de donner des chèques cadeaux aux retraités, alors les gens ont plus d’argent, ils sont très contents», dit Zsolt.»

Le rôle de la magyarité

«Il nous protège», selon Franziska. Lexique commun pour un homme qui «n’a pas hésité à attribuer un rôle nouveau à la magyarité: celui de protéger la civilisation et l’identité hongroises. Selon lui, la Hongrie aurait par le passé déjà sauvé l’Europe occidentale du péril des Sarrasins», rappelle la Pravda slovaque. Orban et le Fidesz se sont du coup retrouvés «dans une situation beaucoup plus confortable à l’approche des élections que n’importe quel gouvernement national depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale», toujours selon Mraz. Résultat: quasi 50% des voix. C’est dire. Et c’est ce qu’a très bien compris le dessinateur du Standard autrichien, Oliver, en faisant le parallèle avec le président chinois, Xi Jinping:

Vraiment? Ce n’est pas ce que pensent beaucoup d’autres quotidiens, dont Le Monde, qui a vu «les larmes aux yeux» de Viktor Orban ce dimanche soir lorsqu’il «a remercié les électeurs d’avoir «prié pour lui» et voté en masse pour sa formation […]. On sentait une pointe de soulagement chez ce personnage habitué à un vocabulaire guerrier, qui […], jusqu’au dernier moment, n’était absolument pas certain de voir sa stratégie validée dans les urnes.»

Espoirs contrariés

Et le comble, c’est que dans l’Ukraïnska Pravda, par exemple – mais pas seulement elle – un chroniqueur repris par le site Eurotopics a expliqué en quoi une faible participation avantageait le parti au pouvoir en Hongrie. Ce, alors que le taux est monté à plus de 68%, un record depuis 2002! Largement pas de quoi, on le voit, «entamer substantiellement la cuirasse de l’homme fort», dit Le Figaro. Alors, si le but était «d’éviter que ne se reproduise le scénario des municipales de Hodmezovasarhely, où le candidat indépendant l’avait emporté dans un scénario de coopération entre les partis d’opposition, l’Upsala Nya Tidning, en Suède, a espéré en vain une «survie de la démocratie» en Hongrie.

Les menaces des médias

Le quotidien proche du gouvernement Magyar Hirlap espérait autre chose, lui, et c’est lui qui a gagné. Ceux qui ne voteraient pas pour le premier ministre allaient compromettre l’avenir du pays, prévenait-il: «Si les forces nationales, patriotiques peuvent continuer leur activité gouvernementale […], alors, conformément aux promesses d’Orban, nous assisterons à une poursuite de la croissance et atteindrons même le plein-emploi d’ici quatre ans. A condition que nous soyons en mesure de défendre ce pays, hérité de nos ancêtres, de l’invasion islamique, désignée par le terme immigration.» De quoi plaire aux militants du Front national:

Les électeurs ont répondu à l’appel du Magyar Hirlap: «Nous élisons un nouveau parlement et un nouveau gouvernement, mais surtout, nous décidons du destin à long terme de la nation hongroise. Magyars, soyez-en conscients!» Au final, il y a donc un blanc-seing pour cette Hongrie-là, «devenue un régime hybride, où les élections servent à relégitimer le pouvoir dans une société aux corps intermédiaires cadenassés», selon un spécialiste de l’Europe centrale et orientale interrogé par Le Soir de Bruxelles.

Un grand paradoxe

Celui-ci relève aussi ce paradoxe à peine croyable. «Ce sont les fonds apportés par une Union européenne si critiquée par Orban qui lui permettent d’obtenir son succès électoral. […] Le discours sur le danger de l’immigration musulmane et le refus de l’accueil des réfugiés trouvent un véritable écho dans la population, qui mis à part Budapest se situe surtout dans des petites villes. Cela fait appel au vieux sentiment hongrois d’être un rempart de la chrétienté, comme la Pologne d’ailleurs, et à un fond nationaliste qui n’a jamais fait l’objet d’un débat historique. Orban en joue à merveille.»

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