Asie

Blessée, la Chine met en garde contre le risque de «guerre» après le verdict de La Haye

Pékin réagit durement au jugement arbitral qui a invalidé ses revendications en mer de Chine du Sud

Pékin a mis en garde mercredi contre les risques de conflit en mer de Chine méridionale et menacé d’y créer une zone de défense aérienne, en pourfendant un jugement international qui considère sans fondement ses revendications sur cette région stratégique.

La décision rendue mardi par la Cour d’arbitrage permanente (CPA) de la Haye est accablante pour la Chine. Elle fournit des munitions diplomatiques considérables aux Philippines, à l’origine de la procédure d’arbitrage, mais aussi à d’autres voisins qui s’opposent de longue date aux prétentions territoriales chinoises.

La Chine a réagi avec fureur, réaffirmant ses droits historiques sur la région et lançant des menaces à peine voilées notamment contre Washington.

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«Berceau de la guerre»

«Ne faites pas de la mer de Chine méridionale le berceau de la guerre», a lancé le vice-ministre chinois des Affaires étrangères Liu Zhenmin, qualifiant la sentence d’arbitrage de «papier bon à jeter».

La Chine veut faire de la région «un océan, d’amitié et de coopération» mais elle a le «droit» d’y instaurer une «zone d’identification de la défense aérienne» (Adiz), a-t-il dit. Que Pékin mette en place cette zone, qui verrait les avions civils contraints de s’identifier auprès de contrôleurs militaires, «dépend du niveau de menace que nous subissons».

Colère, dérision, mais aussi ironie... La presse et les internautes chinois critiquaient mercredi fermement la «farce» constituée selon eux par la décision d'arbitrage désavouant la veille Pékin sur ses revendications en mer de Chine méridionale.

«La Chine rejette la farce de cette décision arbitrale», proclamait en Une le quotidien nationaliste Global Times au-dessus d'une photo du destroyer «Yinchuan» mis en service la veille par la marine chinoise.

Le quotidien officiel China Daily affichait à sa Une mercredi une large photo du président chinois Xi Jinping le visage grave, à côté d'une de ses citations.

«En aucune circonstance, notre souveraineté et nos intérêts maritimes en mer de Chine méridionale ne seront jamais influencés par la soi-disant sentence arbitrale», indiquait le message écrit avec d'inhabituelles lettres majuscules.

Caricatures et réseaux sociaux

Le Quotidien de la jeunesse de Pékin a publié la caricature d'un «Oncle Sam» manipulant une marionnette ressemblant à l'ex-président philippin Benigno Aquino - qui avait initié l'arbitrage en 2013 -, avec en arrière-plan un Japonais au regard fourbe.

«Qui sont les metteurs en scène de cette farce arbitrale?», s'interroge le titre - Washington étant un allié militaire de Manille et de Tokyo, rival de Pékin pour le contrôle d'îles en mer de Chine orientale.

Sur le réseau social WeChat, beaucoup d'utilisateurs se disaient «choqués» et «blessés», partageant articles de presse et blagues visant Manille.

«Même votre équipe de football est nulle, et vous avez le culot de provoquer l'armée», chinoise, s'amusait une image égrenant les scores de multiples matches opposant l'équipe des Philippines et celle de la Chine, toujours largement victorieuse (9-0, 10-0...).

La Chine argue qu’elle est la première à avoir découvert, donné un nom et exploité la mer de Chine méridionale. Elle revendique la quasi-totalité de cette mer, soit 2,6 millions de kilomètres carrés sur un total de plus de trois millions, et se fonde pour cela sur une délimitation en «neuf pointillés» apparue sur des cartes chinoises des années 1940.

Ses prétentions se heurtent à celles de Taïwan, du Vietnam, des Philippines, de Malaisie et Brunei.

L’ancien gouvernement philippin de Benigno Aquino avait saisi la CPA en 2013, un an après que la Chine eut pris le contrôle de Scarborough, récif poissonneux situé dans la zone économique exclusive des Philippines (ZEE), à 650 km du territoire chinois le plus proche, l’île de Hainan.

La modération des Philippines

Ces dernières années, la Chine a construit des îles artificielles géantes capables d’abriter des infrastructures militaires et des pistes d’atterrissage sur les Spratley, l’un des principaux archipels.

Si la CPA a estimé que la Chine ne pouvait revendiquer des droits historiques sur cette mer, elle a aussi déclaré illégale la création d’îles artificielles, de même que le fait d’empêcher les Philippins de pêcher sur Scarbourough.

Loin de toute manifestation de joie intempestive, le gouvernement du nouveau président philippin Rodrigo Duterte s’est borné à «saluer» le jugement, appelant à la retenue.

M. Duterte a maintes fois répété qu’il voulait améliorer les relations bilatérales. Il cherche à obtenir des investissements chinois pour des grands projets d’infrastructures.

La semaine dernière, le chef de la diplomatie philippine Perfecto Yasay avait dit à l’AFP que Manille se servirait de la sentence comme base pour des pourparlers directs avec Pékin, dans le but de parvenir à un code de bonne conduite maritime.

Washington a souligné que la Chine, en tant que signataire de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM), se devait d’accepter une décision «définitive et contraignante légalement pour la Chine comme pour les Philippines». Les parties doivent «s’abstenir de toute déclaration ou action provocatrice».

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